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À Madrid, des locataires en colère plantent leurs tentes sur la place la plus touristique de la ville

Après l’expulsion d’une femme de 87 ans, des centaines de militants du droit au logement ont installé un campement en plein centre de Madrid. Ils assurent…

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À Madrid, des locataires en colère plantent leurs tentes sur la place la plus touristique de la ville

Après l’expulsion d’une femme de 87 ans, des centaines de militants du droit au logement ont installé un campement en plein centre de Madrid. Ils assurent qu’ils resteront aussi longtemps qu’il le faudra pour obtenir des mesures concrètes contre la flambée des loyers.

Sur la Puerta del Sol, les badauds continuent de flâner entre les boutiques de glaces et les bouches de métro. À quelques mètres, une tout autre scène se joue. D’immenses tentes ont poussé sur une portion de l’immense place, occupée depuis la nuit de samedi par des centaines de personnes venues réclamer le droit de se loger. Les syndicats de locataires ont apporté le nécessaire pour tenir. Tentes, duvets, batteries portables. « Nous sommes prêts », résume l’un des occupants, David Muller-Plantenberg, qui veut profiter de l’élan suscité par l’expulsion d’une habitante de 87 ans, Maricarmen Abascal, chassée mercredi de l’appartement où elle avait passé toute sa vie.

L’organisation tourne déjà à plein régime. Sur un stand central recouvert d’une toile orange, bananes, pommes, beignets et briques de jus de fruits sont offerts aux campeurs. Une affiche manuscrite réclame des gants, du café, du lait, de la crème solaire et des sacs poubelle. Deux volontaires, balai et pelle à poussière en main, slaloment entre les tentes pour garder les lieux propres, pendant que d’autres distribuent des bouteilles d’eau. Plus loin, des dizaines de militants suivent un atelier sur la résistance pacifique, quand d’autres peignent des banderoles pour habiller la place.

Pour beaucoup, l’expulsion de Maricarmen Abascal a été de trop. « La goutte d’eau qui fait déborder le vase », lâche Alberto Macias, professeur de tennis de 24 ans. Selon lui, ce ne sont pas des cas isolés. « Ils chassent toute la classe ouvrière de nos quartiers, là où nous avons toujours vécu », dénonce-t-il. Les campeurs pointent du doigt les locations touristiques de courte durée, à commencer par Airbnb, et les fonds d’investissement, accusés de tirer les prix vers le haut et de réduire l’offre disponible pour les habitants. Leurs revendications sont claires. Des baux à vie, un encadrement strict des hausses de loyer, des restrictions fortes sur les meublés touristiques et un effort massif en faveur du logement public. « Nous ne nous contenterons pas de miettes », prévient Maria, 28 ans, membre d’un syndicat du logement du quartier de Moratalaz.

Du côté des forces de l’ordre, aucun signe d’une intervention imminente. Les policiers se font rares sur ce carrefour très passant, où un agent a seulement été aperçu dimanche sur le balcon du siège du gouvernement régional, appareil photo en main, pour immortaliser le campement. Les manifestants attendent surtout le prochain conseil des ministres du gouvernement de Pedro Sanchez, prévu mardi. Un train de mesures, surnommé « décret Maricarmen », doit y être adopté, avec notamment la reconduction automatique des baux et de nouvelles barrières face aux expulsions. Encore faudra-t-il que le Parlement les valide, ce qui n’a rien de gagné faute de majorité. « Nous devrons voir ce que le décret contient réellement et comment ils essaient de nous le vendre », temporise Sergio, 28 ans, salarié d’une ONG qui préfère taire son nom de famille.

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