Culture
Un appareil photo, des guerres et une vie à raconter
À 77 ans, un photoreporter français continue de partir sur les fronts avec une idée fixe, documenter ce qui se passe pour que l’ignorance ne serve plus…


À 77 ans, un photoreporter français continue de partir sur les fronts avec une idée fixe, documenter ce qui se passe pour que l’ignorance ne serve plus d’excuse. Ses mémoires racontent plus d’un demi-siècle de conflits, de blessures et de départs.
À 77 ans, ce photoreporter français n’a pas rangé son appareil. En cinquante-six ans, il a suivi presque toutes les guerres, du Vietnam à l’Ukraine, couvert plus de trente conflits et accumulé environ 400 000 images et 1 000 heures de films. Ses mémoires, Eclats de guerre, tiennent en 700 pages et s’ouvrent sur un portrait peint de lui. Sa raison de continuer tient en une phrase, témoigner pour que personne ne puisse plus dire qu’il ne savait pas. Il explique aussi avancer tant que son corps suit, tant qu’il peut courir et voir.
Le goût du reportage lui vient de l’enfance. Né en 1949, il grandit auprès d’un père journaliste dans un grand quotidien, qui reçoit des figures du reportage d’après-guerre. Il parle d’un romantisme transmis, d’une envie de se dépasser. À 18 ans, il part en Israël pendant la guerre des Six jours. Puis il rejoint le Vietnam, au cœur de la Guerre froide, aux côtés de GI de son âge. La jungle le marque, ce monde où l’on se perd, beau et redoutable, où il faut avancer sans se laisser surprendre. Ensuite viennent le Mozambique, l’Érythrée, l’Irlande du Nord, l’Angola et le Liban, visité une quarantaine de fois. Il est blessé plusieurs fois, notamment au Panama où il se voit mourir. En Iran, pendant la révolution, une jeune étudiante qui l’accompagne est tuée. Il décrit le calme comme la première qualité sur un front, avec le contrôle de la peur et l’écoute des gens. L’humour aide aussi. Il dit avoir échappé au stress post-traumatique, même si après avoir vu des morts brûlés en Tchétchénie, les barbecues lui sont devenus insupportables.
Cette vie de départ a un prix. Il s’est marié cinq fois et a cinq enfants. L’aventurier plaît d’abord, puis il tend les relations, reconnaît-il. Le métier a changé aussi. Sur le terrain, les autorités imposent des conditions très dures aux journalistes. Les drones sont devenus un danger permanent, même à des dizaines de kilomètres de la ligne de front. La profession se retrouve fragilisée. Les agences photo ont presque disparu et la presse n’a plus les moyens de financer des reportages coûteux. En Ukraine, il part seul, sans contrat, et finance une partie de son travail en vendant des photos à des collectionneurs.
Quand il est en France, il raconte ce qu’il a vu, surtout devant des collégiens et des lycéens. Transmettre lui semble une évidence. Plus de 350 000 de ses photos ont été confiées à un mémorial qui cultive la mémoire du monde contemporain. À ses yeux, ce travail de témoignage reste la meilleure réponse à l’ignorance. Il poursuit donc, appareil au poing, avec la même obsession, ne pas laisser les autres ignorer ce qui se passe.
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