Économie
Le pétrole grimpe, les Bourses reculent et la dette française sous pression
Les marchés européens poursuivent leur repli, sous l’effet d’une flambée du brut qui ravive les craintes d’inflation. Dans le même temps, les taux…


Les marchés européens poursuivent leur repli, sous l’effet d’une flambée du brut qui ravive les craintes d’inflation. Dans le même temps, les taux obligataires s’envolent et la France se retrouve en première ligne.
La séance s’annonce compliquée de l’autre côté de l’Atlantique. Les contrats à terme sur les indices new-yorkais signalent une ouverture en baisse de 0,89% pour le Dow Jones, de 0,55% pour le S&P-500 et de 0,81% pour le Nasdaq. En Europe, le mouvement est déjà bien enclenché. Le CAC 40 lâche 0,88% pour s’installer autour de 7.700 points, soit environ 12% sous son record d’août. Francfort recule de 1,02%, Londres de 0,44%, l’EuroStoxx 50 abandonne 1,21% et le Stoxx 600 cède 0,94%.
Deux moteurs alimentent cette glissade. D’abord, le pétrole s’envole, le Brent gagnant 5,13% à 105,34 dollars le baril et le WTI 5,13% à 92,81 dollars, sur fond de tensions au Moyen-Orient et de craintes sur l’approvisionnement. Ensuite, le marché de la dette se tend fortement. Le rendement de l’OAT française à dix ans bondit de près de 10 points de base pour atteindre 4,9653%, tout proche de son sommet de vingt-quatre ans. La prime de risque exigée sur la dette française reste à son plus haut depuis la crise de la zone euro de 2011-2012.
La France concentre les inquiétudes. Le pays traîne un déficit difficile à remettre sur les rails et s’apprête à vivre un débat budgétaire mouvementé à l’approche de la présidentielle de 2027, ce qui renforce l’incertitude politique. Les investisseurs scrutent les risques de contagion vers d’autres actifs européens, l’euro ou les actions bancaires notamment. L’Italie n’est pas épargnée, son rendement à dix ans grimpant de 8,2 points de base à 4,9637%.
Face à une inflation qui dépasse largement leurs objectifs, les banques centrales haussent le ton. Le gouverneur de la Banque de France a averti que les chocs géopolitiques se transforment désormais en choc financier. Son homologue de la banque centrale slovène a évoqué une possible nouvelle hausse des taux directeurs, sans préciser ni le moment ni l’ampleur. Un stratège d’UBS Global Wealth Management estime qu’une intervention monétaire rassurerait les marchés, tout en rappelant qu’en 2011, les autorités monétaires s’étaient d’abord tournées vers les gouvernements pour qu’ils rétablissent l’ordre dans leurs finances. Pour l’instant, la BCE ne bouge pas, plusieurs de ses responsables, le gouverneur de la Banque de France et le ministre français de l’Économie ayant jugé une telle intervention peu pertinente.
Les valeurs accusent le coup. L’équipementier automobile Opmobility plonge de 20% après avoir abaissé ses objectifs pour 2026 et annoncé une réorganisation qui supprimerait environ 770 postes en France et en Allemagne. Son concurrent Forvia perd 7,6% malgré deux importants contrats remportés. L’indice automobile du Stoxx 600 recule de 1,71%. Les banques européennes cèdent 2,16%, la montée des rendements ravivant les craintes de pertes sur les portefeuilles de dette souveraine. Argenx s’effondre de 15,6% après avoir mis fin à un essai clinique sur la maladie de Sjögren. Tesco, en revanche, gagne 5% à Londres après avoir relevé le bas de sa fourchette de bénéfice annuel.
La tension sur les taux est généralisée. Le Bund allemand à dix ans prend 5 points de base à 3,5310%, son équivalent à deux ans 3,6 points à 3,0697%. Aux États-Unis, le dix ans avance de 7,5 points à 5,3519% et le deux ans de 5,2 points à 4,8164%. Berlin a d’ailleurs relevé ses prévisions de croissance pour cette année et la suivante, signe que l’économie encaisse le choc inflationniste et que la BCE pourrait encore resserrer sans la freiner. Sur le front des changes, le dollar reste proche de son sommet de dix-huit mois et gagne 0,12% face à un panier de devises. L’euro cède 0,1%, à 1,1184 dollar.
Les opérateurs attendent aussi le compte-rendu de la dernière réunion de la BCE, qui doit éclairer les débats en cours. Un sondage suggère que la banque maintiendra son taux de dépôt à 2,50% ce mois-ci avant de le relever de 25 points de base en décembre, comme en juin et en septembre. Les minutes de la Réserve fédérale ont de leur côté montré des divergences entre responsables sur les raisons de relever les taux, certains invoquant la nécessité de contrer le choc énergétique, d’autres la volonté de lutter avant tout contre l’inflation. Les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis, attendues dans la journée, compléteront le tableau.
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