Europe
Une mort suspecte en Sibérie, et une ville qui ne croit plus personne
Une employée d’un institut de lutte contre la peste est décédée dans la région d’Irkoutsk. Entre version officielle contestée, rumeurs en tout genre et…

Une employée d’un institut de lutte contre la peste est décédée dans la région d’Irkoutsk. Entre version officielle contestée, rumeurs en tout genre et appels internationaux à la transparence, les habitants de Chelekhov ne savent plus à quoi se fier.
La nouvelle a fait le tour du monde en quelques heures. Dans la petite ville de Chelekhov, à une quinzaine de kilomètres d’Irkoutsk, une femme est morte à l’hôpital dans des circonstances qui restent floues. Elle s’appelait Daria Chipilova, elle avait 28 ans et travaillait pour l’Institut de lutte contre la peste de la capitale régionale sibérienne. Le gouverneur de la région, Igor Kobzev, a assuré qu’une inspection menée par l’agence sanitaire Rospotrebnadzor avait conclu à une pneumonie d’origine indéterminée. Six ans après la pandémie de Covid, ce décès a immédiatement ravivé les soupçons autour de la transparence des autorités russes.
Sur place, la vie a basculé sans prévenir. Oksana, 35 ans, enceinte, se trouvait au service de maternité lorsque l’hôpital a fermé ses portes. Elle raconte avoir été retenue quatre jours sur place, sans pouvoir entrer ni sortir. « Tout allait bien puis on nous a annoncé qu’une femme était décédée. Et ils ont interdit toute entrée ou sortie », confie-t-elle. Aujourd’hui, cette habitante ne cache plus sa méfiance. « Pour être honnête, je ne crois plus en rien. Il y a tellement d’informations que je ne sais plus qui croire ni qui écouter. »
L’institut pour lequel travaillait la victime a livré sa propre version. La laborantine avait été vaccinée et bénéficiait d’une immunité contre les infections dangereuses qu’elle manipulait, affirme l’agence sanitaire. Deux commissions d’experts ont même conclu qu’aucune situation d’urgence liée à la manipulation de micro-organismes pathogènes n’avait été constatée. De quoi calmer les esprits ? Pas vraiment. Dans les rues de Chelekhov, les rumeurs circulent plus vite que les communiqués.
Alexandra Iskalova, 22 ans, employée dans un centre médical, se souvient du jour où l’affaire a éclaté. Sa mère l’a appelée en criant que dix personnes étaient déjà mortes, alors qu’aucune information officielle n’existait encore. « J’avais lu quelque part qu’il s’agissait d’une sorte de syphilis de Hong Kong », dit-elle. Sauf que cette maladie n’existe pas. Elle est sortie tout droit d’une série télévisée comique russe. Les premiers jours, se rappelle-t-elle, les habitants étaient en proie à une panique totale, faute de déclaration officielle.
Depuis, le calme est revenu en surface. Peu de masques dans les rues, pas de mouvement de foule. Mais l’inquiétude reste là. Alina, 22 ans, pense à son frère scolarisé à l’école primaire, où le port du masque est devenu obligatoire. Sa tante, qui travaille à l’Institut de lutte contre la peste, a été placée en quarantaine. Tatiana, 66 ans, regrette surtout l’absence de consignes claires. « Comment est-ce qu’on est censé se protéger ? On ne sait pas comment l’infection se propage, ni comment elle est détectée », s’agace-t-elle.
L’affaire dépasse désormais les frontières de la région. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a demandé que la lumière soit faite sur un possible second employé atteint d’une pneumonie d’origine indéterminée. Le Kremlin, sans démentir, appelle à faire confiance aux autorités et dénonce une avalanche de fausses informations. Rospotrebnadzor assure qu’il n’existe aucun risque épidémique, rappelant que près de 5.000 tests n’ont révélé aucun agent pathogène dangereux. Donald Trump, de son côté, a promis que Washington aiderait la Russie et qu’il s’entretiendrait avec Vladimir Poutine à ce sujet.
À Chelekhov, cette agitation internationale laisse un goût amer. Olga, 68 ans, ancienne comptable, trouve la situation « tout simplement risible ». « Au fond de lui, il était probablement ravi que la Russie rencontre des problèmes, qu’elle soit frappée de peste », lance-t-elle à propos du président américain. « Il serait sans doute content si nous avions vraiment une épidémie dans notre pays. »
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