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Serbie, Aleksandar Vucic quitte la présidence pour viser le poste de Premier ministre

Après plus de quatorze ans à dominer la scène politique serbe, Aleksandar Vucic laisse son fauteuil présidentiel pour se présenter aux législatives. Une…

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Serbie, Aleksandar Vucic quitte la présidence pour viser le poste de Premier ministre

Après plus de quatorze ans à dominer la scène politique serbe, Aleksandar Vucic laisse son fauteuil présidentiel pour se présenter aux législatives. Une façon de rester au centre du jeu alors que le pays traverse son plus vaste mouvement de contestation depuis l’ère Milosevic.

Aleksandar Vucic a annoncé sa démission de la présidence pour briguer le poste de Premier ministre lors des élections législatives prévues le 25 octobre. Il conduira la liste du Parti progressiste serbe, la formation qu’il a contribué à fonder et qui tient les rênes du pays depuis plus d’une décennie. Devant le palais présidentiel, il a résumé son ambition en quelques mots, se présentant comme un homme ordinaire, l’un des membres du peuple. Autour de lui, ses partisans scandaient son nom.

Son parcours raconte les virages de la Serbie contemporaine. Il apparaît dans les années 1990 comme un allié ultranationaliste de Slobodan Milosevic, jusqu’à devenir ministre de l’Information en 1998. Après la chute de l’ancien homme fort yougoslave, renversé par un soulèvement populaire en 2000, il devient une figure de proue du Parti radical serbe, une formation d’extrême droite. Il soutient alors les dirigeants serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic, condamnés à la prison à vie pour génocide, tandis que le chef du parti, Vojislav Seselj, est lui aussi condamné pour crimes contre l’humanité.

Le grand écart arrive en 2008. Vucic quitte les radicaux et cofonde le Parti progressiste serbe, une formation conservatrice et pro-européenne qui remporte les législatives de 2012 et ne lâche plus le pouvoir. Il enchaîne les fonctions, vice-Premier ministre, ministre de la Défense, puis Premier ministre, avant d’atteindre la présidence en 2017. Mais ses réflexes nationalistes ne s’effacent pas. Il évite de condamner les Serbes reconnus coupables d’atrocités pendant les guerres des années 1990 et laisse des médias progouvernementaux ou des alliés faire l’éloge de criminels de guerre. Un rassemblement en l’honneur de Ratko Mladic, auquel plusieurs de ses ministres ont participé, lui a valu de vives critiques de Bruxelles, malgré les démentis sur une implication de l’État.

Côté image, Vucic aime se montrer en dirigeant qui sillonne le pays, attire les investissements et crée des emplois. Le quartier flambant neuf du front de fleuve, à Belgrade, et les nombreux chantiers lancés pour l’Exposition universelle de 2027 portent la marque de son parti, dont le slogan, La Serbie gagne, s’affiche sur les panneaux de la capitale.

Puis vient Novi Sad. L’effondrement d’une marquise en béton à la gare, en novembre 2024, a coûté la vie à seize personnes et relancé les accusations de corruption qui visent plusieurs de ses projets phares. La colère a débordé. Des manifestations menées par des étudiants, réclamant des enquêtes transparentes, ont rassemblé des centaines de milliers de personnes, un niveau inédit depuis l’époque de Milosevic. À mesure que les revendications se transformaient en appels à des élections anticipées, la riposte s’est durcie. Les étudiants qui bloquent les universités sont présentés comme les instruments de puissances étrangères, des fidèles du parti occupent un parc devant le palais présidentiel, et les signalements d’arrestations et d’intimidations se multiplient.

Au fil des rassemblements, les contestataires ont voulu croire à une bascule. Lors d’un grand rassemblement à Belgrade, l’étudiant Dimitrije Potic confiait que les étudiants étaient en train de gagner et qu’il fallait s’unir autour de ce message. Après près de deux ans de mobilisation, Vucic a fini par convoquer des élections anticipées, invoquant de fortes turbulences sur la scène politique intérieure. Pour lui, ce scrutin est aussi une manière de rester au cœur du pouvoir.

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