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Exilés afghans, l’impossible retour

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Des milliers de ressortissants afghans quittent l’Iran en proie aux hostilités pour regagner leur pays, confronté à une crise humanitaire aiguë. Pris entre deux situations précaires, leur avenir demeure incertain.

Sous un ciel chargé de poussière, des visages marqués par l’épuisement franchissent le poste-frontière d’Islam Qala, dans l’ouest de l’Afghanistan. Ces hommes et ces femmes, qui résidaient en Iran, rentrent chez eux après avoir fui les récentes tensions militaires qui secouent la République islamique. Leur retour les place cependant face à une réalité tout aussi difficile, celle d’une nation aux prises avec une insécurité alimentaire chronique, un chômage endémique et de nouveaux conflits frontaliers.

Un jeune homme de vingt-sept ans, Talibshah, évoque les circonstances de son départ forcé. Employé dans le secteur agricole dans la province iranienne de Qazvin, il assurait la subsistance de sa famille restée dans le nord de l’Afghanistan, une région durement touchée par la sécheresse. Désormais de retour, il se trouve démuni et anxieux quant à ses possibilités de trouver un travail. « Nous sommes sans perspective », confie-t-il, redoutant de devoir repartir pour éviter la famine.

Les agences des Nations unies estiment que près de vingt-deux millions d’Afghans, soit la moitié de la population, auront besoin d’une assistance humanitaire cette année. Cette situation déjà critique est aggravée par des affrontements récents avec le Pakistan voisin, ayant entraîné des déplacements de population supplémentaires. Les personnes revenant d’Iran se retrouvent ainsi dans un environnement doublement fragilisé.

Le représentant local du Haut-Commissariat aux réfugiés observe ce mouvement avec inquiétude. Il souligne l’absence d’alternative viable pour ces familles, contraintes de quitter une zone de conflit pour une autre en proie à de multiples crises. Les retours, évalués à environ mille sept cents par jour depuis le début des hostilités au Moyen-Orient, pourraient s’intensifier. Les capacités d’accueil existent en termes de personnel et d’infrastructures, mais les ressources financières manquent cruellement pour faire face à un afflux massif.

À la frontière, le flux semble s’être accentué ces derniers jours. Des récits convergent pour décrire une escalade des violences en Iran, perçue comme bien plus intense que lors des précédents épisodes. Mohammad Kabir Nazari, un quadragénaire qui travaillait comme agent de sécurité à Téhéran, décrit un environnement devenu invivable, avec des tirs de missiles quasi quotidiens et l’absence de refuge pour les ressortissants afghans. L’activité économique s’est parallèlement contractée, affectant directement les travailleurs migrants, certains ayant été licenciés et incités à rentrer chez eux.

Pour des hommes comme Naeemullah Rahimi, également employé dans la sécurité en banlieue téhéranaise, la décision de revenir s’est imposée face à la dégradation des conditions de sécurité. Mais l’accueil en Afghanistan est synonyme de nouvelles incertitudes, dans un marché du travail exsangue. Le pays a déjà absorbé plusieurs vagues de retours forcés en provenance d’Iran et du Pakistan ces dernières années, un phénomène décrit comme le plus important mouvement de rapatriement au monde.

La question de la capacité de l’Afghanistan à supporter une nouvelle pression démographique et humanitaire de cette ampleur se pose avec acuité. Les acteurs internationaux sont appelés à maintenir leur attention et leur soutien, sous peine de voir la déstabilisation de la région s’aggraver, avec des conséquences potentielles bien au-delà de ses frontières.

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