Monde
La rançon du quotidien à Ecatepec

Dans cette banlieue de Mexico, commerçants et habitants vivent sous l’emprise de groupes criminels qui monnaient une protection factice, tandis que les autorités peinent à endiguer ce fléau.
Les commerces d’Ecatepec arborent des autocollants ambigus. Certains signalent une affiliation payante à des organisations proposant une sécurité contre l’extorsion, d’autres affichent le slogan « Résistance civile pacifique », derrière lequel les autorités identifient un groupe criminel pratiquant le même chantage. Ces signes visibles illustrent une réalité sombre. Les petits commerçants, des boulangers aux mécaniciens, doivent s’acquitter de sommes régulières pour pouvoir exercer leur activité.
Un groupe nommé « La Chokiza » opère en toute impudence. Il propose ouvertement des services de protection et de conseil juridique depuis un local attenant au marché principal, tout en diffusant sa propagande sur les réseaux sociaux. Pour les habitants, ces paiements obligatoires constituent une forme d’extorsion déguisée, d’autant que l’impunité semble régner. L’exaspération a parfois conduit à des réactions violentes. Cet été, des commerçants ont passé à tabac un individu qui les menaçait de brûler leurs boutiques. Si l’agresseur a été interpellé, la peur persiste désormais, étouffant toute velléité de résistance.
Les autorités reconnaissent l’ampleur du phénomène. La présidence mexicaine admet que le taux d’extorsion résiste aux efforts déployés, malgré une baisse des homicides. Une ligne téléphonique anonyme a été promise pour faciliter les signalements. Pourtant, la défiance envers les institutions reste vive. Certains habitants redoutent que des éléments des forces de l’ordre soient complices de ces réseaux.
Au-delà d’Ecatepec, ce fléau touche une grande partie de l’Amérique latine. Des pays comme le Pérou ou la Colombie font face à des mécanismes similaires, où le racket s’est banalisé. Les chercheurs soulignent que pour les cartels de la drogue, l’extorsion représente une source de revenus liquides non négligeable. D’autres petits délinquants opèrent à distance, depuis leur téléphone portable ou même l’intérieur des prisons, semant la terreur sans avoir besoin de se montrer.
L’arrestation récente du chef de « La Chokiza » lors d’une vaste opération policière laisse entrevoir un frémissement. Mais pour les victimes, le traumatisme demeure. Une commerçante témoigne du harcèlement subi il y a huit mois, expliquant que la peur inhibe toute velléité de dénonciation. Dans cette ville où près de 90 % de la population ne se sent pas en sécurité, le silence reste la seule stratégie de survie pour beaucoup.

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