Monde
L’ancien président colombien Alvaro Uribe face à la justice pour manipulation de témoins

L’homme fort de la droite colombienne, âgé de 73 ans, encourt une peine de prison dans une affaire qui secoue la classe politique depuis plus d’une décennie.
Un tribunal colombien s’apprête à rendre son verdict dans le procès d’Alvaro Uribe, ancien chef de l’État entre 2002 et 2010, poursuivi pour subornation de témoins. Cette procédure historique fait de lui le premier président du pays à devoir répondre de tels chefs d’accusation devant la justice pénale. L’affaire, qui remonte à 2012, trouve son origine dans une plainte déposée par l’intéressé contre un sénateur de gauche, Ivan Cepeda, qu’il accusait de chercher à fabriquer de faux témoignages pour l’associer aux groupes paramilitaires actifs durant les années 1990 et 2000.
La Cour suprême avait finalement rejeté ces accusations et ouvert une enquête à l’encontre de l’ancien président, soupçonné d’avoir tenté d’influencer des témoins, notamment d’anciens combattants incarcérés, afin de discréditer son adversaire politique. En 2020, la justice avait ordonné son placement en détention, marquant un tournant dans cette affaire aux multiples rebondissements.
L’ancien dirigeant, figure emblématique de la droite colombienne, dénonce une machination politique et affirme n’avoir cherché qu’à établir la vérité. Plus de quatre-vingt-dix témoins ont été entendus au cours d’un procès ouvert en mai dernier. L’instruction, lancée en 2018, a été marquée par des tentatives répétées de plusieurs ministres de la Justice pour y mettre un terme, avant que l’arrivée de l’actuelle titulaire du portefeuille, Luz Camargo, nommée par le président Gustavo Petro, ne relance les poursuites.
Le parquet soutient disposer d’éléments accablants, dont le témoignage d’un ancien paramilitaire, contredisant la version des faits avancée par l’ancien président. Ce dernier, lors d’un discours prononcé dimanche à Medellín, a évoqué la nécessité d’une « immense victoire » en 2026, en référence à la prochaine élection présidentielle, tout en fustigeant l’actuel gouvernement.
Parallèlement à cette affaire, Alvaro Uribe fait l’objet d’une enquête préliminaire concernant des homicides survenus en 1997, alors qu’il occupait le poste de gouverneur de la région d’Antioquia. Il est également suspecté d’implication dans plus de six mille exécutions et disparitions forcées perpétrées sous sa présidence par les forces armées. Durant son mandat, il avait mené une politique de fermeté contre les cartels de la drogue et la guérilla des Farc, avant que cette dernière ne signe un accord de paix en 2016 sous son successeur, Juan Manuel Santos.

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