Économie
Une région allemande claque la porte à Microsoft pour une informatique souveraine

Le Schleswig-Holstein franchit un cap historique en abandonnant les logiciels propriétaires au profit de solutions libres, un virage stratégique pour l’autonomie numérique.
Dans une décision sans précédent, le Land allemand du Schleswig-Holstein s’apprête à tourner le dos aux outils Microsoft d’ici trois mois. Policiers, magistrats et agents publics devront désormais se passer des applications du géant américain, au profit de logiciels open source. Cette transition radicale, motivée par des impératifs de souveraineté et de sécurité, vise à reprendre le contrôle des données et réduire la dépendance aux technologies étrangères.
Le ministre régional en charge de la numérisation a confirmé cette mue lors d’un échange réalisé via une plateforme allemande de visioconférence alternative. « Finis, Teams et Outlook ! », a-t-il lancé, soulignant la détermination de sa région. Près de 30 000 fonctionnaires ont déjà entamé leur migration vers LibreOffice, Thunderbird ou Nextcloud, avec un objectif : généraliser l’usage de Linux d’ici quelques années, éliminant ainsi Windows des postes administratifs.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte européen marqué par les tensions géopolitiques et les interrogations sur l’hégémonie des géants du numérique. La crise ukrainienne a révélé les vulnérabilités énergétiques du Vieux Continent ; le Schleswig-Holstein entend désormais sécuriser son écosystème informatique. Le Land prévoit également de migrer ses données vers un cloud local, évitant ainsi les infrastructures américaines.
Au-delà des enjeux stratégiques, l’argument économique pèse lourd. Les coûts exorbitants des licences logicielles et les mises à jour imposées ont convaincu les autorités régionales. Malgré les défis — formation des utilisateurs et résistance au changement —, l’économie réalisée pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions d’euros.
Si Munich a jadis renoncé à une démarche similaire, d’autres, comme la Gendarmerie française, prouvent depuis vingt ans qu’une administration peut fonctionner avec des solutions libres. Avec le nouveau règlement européen sur l’interopérabilité, le Schleswig-Holstein pourrait bien devenir un modèle pour d’autres territoires en quête d’émancipation numérique.

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