Culture
Un trésor millénaire menacé : les Aborigènes en croisade pour sauver leurs pétroglyphes


Des gravures sacrées vieilles de 50 000 ans sont au cœur d’une bataille acharnée entre les peuples autochtones et l’industrie minière en Australie.
Sur la péninsule de Burrup, dans le nord-ouest australien, s’étend un sanctuaire archéologique unique au monde : Murujuga. Ce site abrite près d’un million de pétroglyphes, des gravures rupestres qui racontent l’histoire des premiers habitants du continent depuis des dizaines de milliers d’années. Aujourd’hui, ces œuvres ancestrales sont menacées par l’expansion industrielle, poussant les gardiens traditionnels à se mobiliser jusqu’à l’Unesco pour obtenir une protection internationale.
Une délégation du peuple Mardudhunera s’est rendue à Paris lors de la 47e session du Comité du patrimoine mondial, afin d’alerter sur les risques encourus par ce patrimoine irremplaçable. Raelene Cooper, l’une des figures de ce combat, dénonce l’empiètement croissant des infrastructures minières sur des terres sacrées. « Nos ancêtres nous ont confié ces gravures pour perpétuer notre culture. Aujourd’hui, des bulldozers les détruisent sous nos yeux », témoigne-t-elle, montrant des images de zones autrefois préservées, désormais envahies par des usines et des pipelines.
La région du Pilbara, riche en minerai de fer et en gaz naturel, est depuis longtemps convoitée par les géants de l’industrie. Woodside Energy, entreprise australienne, y exploite notamment le complexe North West Shelf, dont les émissions polluantes accélèrent la dégradation des pétroglyphes. Selon des experts, les oxydes d’azote et de soufre attaquent la roche, effaçant peu à peu ces témoignages uniques de l’histoire humaine.
Malgré les promesses de préservation, le gouvernement australien a récemment autorisé l’extension des activités minières jusqu’en 2070, suscitant l’indignation des communautés autochtones. Ces dernières réclament désormais un moratoire sur toute nouvelle destruction avant même que le site ne soit classé au patrimoine mondial. « L’inscription à l’Unesco ne doit pas être un simple label, mais une garantie de protection réelle », insiste Raelene Cooper.
Le dossier divise cependant les Aborigènes eux-mêmes, certains soutenant la position gouvernementale, qui affirme que le classement renforcera les mesures de sauvegarde. L’Icomos, organe consultatif de l’Unesco, a pour sa part souligné l’urgence d’agir pour limiter les émissions polluantes et préserver l’intégrité du site.
Alors que les débats se poursuivent, une question demeure : comment concilier développement économique et respect des cultures ancestrales ? Pour les défenseurs de Murujuga, la réponse est claire : sans une protection ferme, ce pan entier de l’histoire humaine pourrait disparaître à jamais.





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