Planète
Panama : l’exil forcé des habitants d’une île menacée par la montée des eaux

Un an après leur relocalisation, les Gunas de Gardi Sugdub tentent de s’adapter à une vie terrestre, tandis que leur île natale se vide peu à peu, engloutie par les flots.
Le silence règne désormais sur Gardi Sugdub, une petite île de l’archipel de Guna Yala, au Panama. Autrefois animée par les cris des enfants et les échanges quotidiens, elle est aujourd’hui presque déserte. En juin 2024, près de 1 200 habitants ont quitté leurs maisons sur pilotis pour s’installer sur le continent, dans un nouveau quartier nommé Isber Yala. Cette migration, orchestrée face à la menace de la montée des eaux, marque l’une des premières relocalisations climatiques en Amérique latine.
Parmi les rares résistants, Luciana Pérez, 62 ans, persiste à vivre dans sa modeste cabane. Assise dans son hamac, elle tresse des colliers de perles en affirmant que son île ne disparaîtra pas. « Les scientifiques se trompent, seul Dieu décide », murmure-t-elle, tandis que l’odeur des herbes médicinales infusant sur des braises remplit l’air. Pourtant, les prévisions sont sans appel : avec une élévation du niveau de la mer estimée à 80 centimètres d’ici la fin du siècle, Gardi Sugdub, comme la plupart des îles de l’archipel, sera submergée.
À Isber Yala, les anciens insulaires découvrent un quotidien radicalement différent. Les rues asphaltées, l’eau courante et l’électricité permanente contrastent avec les conditions précaires de leur vie passée. Magdalena Martinez, une enseignante retraitée, apprécie ce confort nouveau, même si la nostalgie la tenaille. « Là-bas, nous étions entassés. Ici, nous avons de l’espace », confie-t-elle. Mais pour d’autres, comme Mayka Tejada, qui tient une petite échoppe sur l’île, l’absence des siens pèse. Ses enfants, installés sur le continent, ne regrettent pas leur nouvelle vie, où ils peuvent jouer au football et se promener librement.
Malgré les améliorations matérielles, certains défis persistent. Le centre de santé, resté sur l’île, voit ses consultations chuter, les patients devant parcourir un trajet fastidieux. Beaucoup continuent de faire des allers-retours, surveillant leurs anciennes maisons ou rendant visite à ceux qui sont restés.
Cette semaine, Isber Yala célébrera le premier anniversaire de sa création. Les préparatifs battent leur plein, avec des cruches de chicha, une boisson traditionnelle, prêtes à être partagées. Une occasion de se réunir, mais aussi de se souvenir que, un jour, la mer pourrait bien reprendre ce qu’elle a donné. Pour Magdalena Martinez et bien d’autres, cette réalité reste une blessure ouverte, même à distance.

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