France
Mayotte : face à la France, le « double discours » des Comores


Les expulsions massives d’étrangers en situation irrégulière et la destruction des bidonvilles à Mayotte rencontrent des obstacles judiciaires et diplomatiques, alimentant les tensions avec les Comores.
L’opération « Wuambushu » lancée par les autorités françaises à Mayotte pour expulser massivement les étrangers en situation irrégulière et détruire les bidonvilles, rencontre des obstacles judiciaires et diplomatiques.
La justice a suspendu mardi l’évacuation d’un bidonville prévue dans le cadre de cette opération visant à lutter contre la délinquance et l’habitat insalubre. Les Comores, pays d’origine de l’immense majorité des migrants, ont refusé l’accostage d’un navire transportant une soixantaine de personnes en provenance de Mayotte.
Selon Nathalie Mrgudovic, maîtresse de conférences à l’université Aston en Angleterre et spécialiste des outre-mer français, les Comores tiennent un « double discours » à l’égard de la France en refusant les bateaux des expulsés tout en acceptant une aide au développement en échange de la coopération pour mieux contrôler l’immigration clandestine vers Mayotte.
La relation entre la France et les Comores est complexe, Mayotte s’étant séparée de l’archipel en 1974 et ayant revendiqué son appartenance à la France pour obtenir un statut de région ultrapériphérique en 2011. Les Comores ne reconnaissent pas cette appartenance et ont toujours empêché l’intégration régionale de Mayotte dans les organismes régionaux.
Malgré les efforts diplomatiques entre les deux pays, les tensions persistent. Les autorités comoriennes sont accusées de ne rien faire pour limiter l’immigration clandestine vers Mayotte, tandis que l’État français veut durcir l’attribution de la nationalité française à Mayotte pour freiner l’arrivée de migrants, principalement comoriens.
L’opération « Wuambushu » est jugée inquiétante par Nathalie Mrgudovic qui estime qu’elle ne résoudra pas le problème de l’immigration clandestine. Pour elle, la priorité devrait être donnée à l’insertion, la formation et l’éducation des jeunes laissés à eux-mêmes à Mayotte, afin de réduire la violence et les tensions entre bandes rivales et populations considérées comme plus riches.
En l’absence d’une véritable politique d’intégration, les expulsions massives ne feront que renforcer les tensions avec les Comores et risquent de mener à un cercle vicieux de déplacements forcés et de violences. La solution à long terme pour résoudre ce problème complexe sera de trouver un terrain d’entente entre la France et les Comores pour coopérer sur la question de l’immigration clandestine et pour favoriser l’intégration régionale de Mayotte.





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