Monde
Le stade-prison des Gazaouis bloqués en Cisjordanie


Sous les gradins d’un stade de Naplouse, des Palestiniens de Gaza, piégés depuis le début de la guerre, survivent sans perspective de retour.
Dans l’enceinte d’un stade de football de Naplouse, au nord de la Cisjordanie occupée, une dizaine d’hommes ont trouvé refuge dans les vestiaires. Originaires de la bande de Gaza, ils sont bloqués depuis le déclenchement du conflit avec Israël et n’envisagent aucun avenir proche dans leur région natale. Samir Abou Salah, 54 ans, travaillait à Tel-Aviv avant le 7 octobre 2023, enchaînant les missions pour subvenir aux besoins de sa famille. Quatre jours avant l’offensive, il avait franchi la frontière israélienne. Aujourd’hui, il vit sous une tente en béton, collectant des déchets recyclables pour gagner sa vie et envoyer de l’argent aux siens. Deux de ses fils ont péri sous les frappes israéliennes. Dans son espace exigu, il a aménagé un semblant de foyer avec des cartons, des drapeaux palestiniens et un portrait de Yasser Arafat.
Impossible de quantifier précisément le nombre de Gazaouis dans cette situation précaire. En mars 2026, le ministère palestinien du Travail a toutefois indiqué avoir distribué une aide financière à 4 605 personnes bloquées en Cisjordanie, territoire sous occupation israélienne depuis 1967. Ces hommes craignent de quitter leur abri. Certains de leurs connaissances ont été arrêtés aux barrages militaires israéliens et renvoyés dans l’enclave, un territoire sous blocus et ravagé par la guerre. « C’est une prison ici », confie Sameh, un père de famille arrivé dix jours avant le début des hostilités pour recevoir des soins médicaux introuvables à Gaza. Son fils a pu rentrer, mais lui est resté pour soutenir financièrement sa famille. Dans son vestiaire, il a suspendu un drap pour préserver un peu d’intimité. Comme ses compagnons, il a perdu sa maison, détruite lors d’une frappe israélienne, dont il conserve une photo des décombres.
Nahed al-Hilou, entrepreneur de 43 ans, s’est installé à Ramallah, dans le centre de la Cisjordanie. Il avait quitté Gaza deux jours avant le 7 octobre pour rejoindre Tel-Aviv, où il devait récupérer des marchandises pour son restaurant dans le quartier de Rimal. À Ramallah, il a ouvert un nouvel établissement, cuisinant des plats gazaouis très épicés, et emploie désormais neuf personnes originaires de l’enclave. Il s’inquiète pour sa famille restée sur place. « Pendant vingt jours, nous n’avons eu aucune nouvelle d’eux », raconte-t-il. Mais il écarte tout retour. « Bien sûr que je suis attaché à Gaza. Mais là-bas, il ne reste plus aucune maison, plus rien. »
Selon l’ONU, 81 % des infrastructures de la bande de Gaza ont été détruites durant la guerre, anéantissant l’activité économique. Le chômage atteint 80 %, et les prix des marchandises ont grimpé en raison des restrictions israéliennes à l’entrée des camions. Israël contrôle toujours environ la moitié de l’enclave, et 846 personnes ont été tuées depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025. Shahdeh Zaarb, 45 ans, originaire de Beit Lahia, une ville du nord de Gaza réputée pour ses champs de fraises avant le conflit, possède un permis de séjour en Cisjordanie, où il travaille depuis vingt ans. Il a ouvert une ferme à Qalqilya, mais malgré une relative liberté de mouvement, il n’a pas revu ses proches depuis 2021. « Mes enfants sont d’un côté, je suis de l’autre. Je ne peux pas les faire venir à cause des points de passage », regrette-t-il.





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