Planète
L’e-sabong, une pratique illégale mais florissante aux Philippines


Malgré son interdiction, les paris en ligne sur les combats de coqs persistent, alimentant un marché opaque et des addictions dévastatrices.
Aux Philippines, la tradition séculaire des combats de coqs a trouvé une nouvelle jeunesse grâce au numérique. Transformée en phénomène de masse pendant la pandémie, cette pratique, désormais illégale, continue de prospérer dans l’ombre, malgré les efforts des autorités pour l’éradiquer. Les arènes virtuelles attirent toujours des milliers de parieurs, tandis que les conséquences sociales et économiques de cette industrie clandestine restent préoccupantes.
Dans la province de Bulacan, en banlieue de Manille, les arènes physiques, où les paris en présentiel demeurent autorisés, affichent toujours une activité soutenue. Marcelo Parang, un organisateur de combats, assure que ces événements se déroulent dans un cadre légal. Pourtant, c’est bien la version en ligne, interdite depuis 2022, qui a exacerbé les excès. Ray Gibraltar, ancien cadre et joueur compulsif, témoigne de son addiction dévastatrice. Perdant jusqu’à 15 000 dollars par jour, il a vu ses économies s’envoler, au point de négliger sa santé et ses obligations.
Les centres de désintoxication, comme celui fondé par Reagan Praferosa, voient affluter des joueurs incapables de se détacher de l’e-sabong. La facilité d’accès, via un simple smartphone, contraste avec les arènes traditionnelles, où les parieurs doivent se déplacer. Jay, un jeune graphiste, avoue miser de petites sommes pour le frisson, sans illusion sur ses chances de gain.
Les autorités peinent à endiguer le phénomène. Plus de 6 800 sites illégaux ont été fermés, mais l’usage de VPN rend la traque complexe. Les sanctions, limitées à des amendes dérisoires, n’offrent guère de dissuasion. Face à l’ampleur du problème, la Banque centrale a ordonné aux plateformes de paiement électronique de bloquer les transactions liées à ces paris.
Au Congrès, le député Rolando Valeriano alerte sur la banalisation de cette pratique, y compris chez les plus jeunes. Une proposition de loi vise à durcir les peines, mais le combat semble loin d’être gagné. Preuve de l’ancrage culturel du phénomène, un élu a même été surpris en train de suivre un combat en ligne lors d’une séance parlementaire. Un symbole des défis que rencontrent les autorités dans leur lutte contre ce marché opaque.





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