Planète
Le grand retour des macareux, survivants d’un hiver meurtrier


Après des tempêtes dévastatrices, une poignée d’oiseaux marins, soignés en Gironde, a pu reprendre le chemin de l’océan. Un épisode qui souligne la vulnérabilité accrue de ces espèces face aux aléas climatiques.
Sur le bassin d’Arcachon, sous un soleil de mars, sept macareux moines ont retrouvé la liberté. Leur libération, discrète et émouvante, marque l’aboutissement d’un mois de convalescence au centre de soins de la Ligue pour la protection des oiseaux à Audenge. Ces individus comptent parmi les très rares rescapés d’une saison exceptionnellement difficile, qui a vu des dizaines de milliers de leurs congénères s’échouer sur les rivages atlantiques.
Le centre girondin a été submergé par un afflux sans précédent. Près de neuf cents oiseaux, morts ou vivants, y ont été acheminés, avec des pointes atteignant deux cents arrivées quotidiennes. Sur ce millier d’oiseaux recueillis, à peine plus de deux cents ont survécu aux premières heures, et seul un dixième d’entre eux a finalement pu être relâché. La plupart arrivaient dans un état critique, affaiblis par l’hypothermie et ayant perdu près de la moitié de leur masse corporelle.
Cette hécatombe est directement liée à la succession de dépressions hivernales, telles que les tempêtes Goretti, Nils ou Pedro. Les vents violents et les conditions maritimes extrêmes ont empêché ces oiseaux pélagiques de s’alimenter correctement au large, les épuisant dans une lutte constante contre les éléments. Alors qu’ils passent l’hiver en mer avant la période de nidification, leur organisme n’a pas résisté.
Les chiffres sont alarmants. Près de quarante-huit mille macareux ont été retrouvés échoués sur le littoral atlantique, du Portugal à la Bretagne, dont une large majorité sur les côtes françaises. Compte tenu du nombre important d’oiseaux qui disparaissent en mer, l’impact réel sur les populations est considérable. Cette surmortalité frappe durement une espèce déjà classée comme vulnérable à l’échelle mondiale et en danger critique d’extinction sur le territoire national.
Face à l’urgence, les équipes de soignants ont dû déployer des moyens exceptionnels, incluant l’acheminement d’une unité mobile de soins intensifs. Le sauvetage de chaque oiseau a requis une prise en charge complexe. Réhydratation, parfois par intubation, séjour en couveuse pour restaurer la température corporelle, et lavages minutieux pour rétablir l’étanchéité indispensable du plumage ont été nécessaires. Les oiseaux ont ensuite été réacclimatés progressivement à leur milieu dans des bassins recréant les conditions des courants marins.
Les spécialistes observent que ces épisodes d’échouages massifs, qui concernent aussi les guillemots et les fous de Bassan, tendent à s’intensifier. Le réchauffement climatique, en modifiant la fréquence et l’intensité des tempêtes ainsi que la température et la distribution des proies, expose davantage ces populations aviaires. Le retour à la mer de ces sept macareux, bien que porteur d’espoir, rappelle ainsi la précarité croissante de la faune marine face aux bouleversements environnementaux.





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