Planète
Le grand retour des macareux après l’épreuve des tempêtes


Après un hiver dévastateur, une poignée de macareux moine, soignés en Gironde, ont pu reprendre le chemin de l’océan. Leur libération, émouvante, ne doit pas masquer l’hécatombe qui a frappé l’espèce cet hiver sur les côtes atlantiques.
Sur le bassin d’Arcachon, sous un soleil de mars, sept oiseaux au plumage noir et blanc ont retrouvé leur élément. Après plusieurs semaines de convalescence au centre de soins de la Ligue pour la protection des oiseaux à Audenge, ces macareux moine ont été relâchés. Leurs battements d’ailes vigoureux les ont rapidement éloignés vers le large, un spectacle qui a récompensé les efforts des soigneurs après une saison éprouvante.
Le centre a connu une activité exceptionnelle cet hiver, avec près de neuf cents individus accueillis, morts ou vivants. Les arrivées ont parfois atteint plusieurs centaines par jour, mettant les équipes à rude épreuve. Sur l’ensemble des oiseaux recueillis, seuls un peu plus de deux cents ont survécu aux premières heures, et une infime partie a finalement pu être rendue à la liberté. La plupart des rescapés présentaient à leur arrivée un état critique, avec un poids divisé par deux et une hypothermie sévère, les rendant extrêmement vulnérables.
Les spécialistes évoquent une année catastrophique pour cette espèce emblématique, souvent surnommée « perroquet des mers » en raison de son bec coloré. Les tempêtes successives de cet hiver, avec des vents violents dépassant régulièrement les cent kilomètres heure, ont empêché les oiseaux de s’alimenter correctement en mer. Affaiblis par la lutte constante contre les éléments, beaucoup n’ont pas résisté. Les comptages font état de plusieurs dizaines de milliers d’échouages sur le littoral atlantique, du Portugal à la Bretagne, un chiffre qui alerte sur le statut déjà précaire de l’espèce.
Face à cet afflux massif et quasi quotidien à partir de février, le centre a dû renforcer ses capacités, faisant notamment venir une unité mobile de soins intensifs. Le protocole de sauvetage a été rigoureux. Les oiseaux les plus faibles ont nécessité une réhydratation et une alimentation assistée. Ils ont ensuite été placés en couveuse pour retrouver une température corporelle normale, puis lavés avec soin pour restaurer l’étanchéité indispensable de leur plumage. Une dernière phase de réadaptation dans des bassins simulant les courants marins a précédé le retour à l’océan.
Si des épisodes de mortalité massive ne sont pas inédits, leur ampleur et leur fréquence interrogent. Les experts établissent un lien avec l’évolution du climat, qui tend à intensifier les phénomènes météorologiques extrêmes et à modifier les écosystèmes marins. Ces perturbations pourraient, à l’avenir, rendre ces drames écologiques plus récurrents, menaçant un peu plus la survie de ces oiseaux pélagiques.





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