Monde
Le calvaire de Shingirai, passé à tabac et brûlé par une foule anti-migrants en Afrique du Sud
Shingirai Kurebwaseka a survécu de justesse à une attaque sauvage. Comme des dizaines de milliers d’autres Zimbabwéens, il a fui le pays hôte pour rentrer…


Shingirai Kurebwaseka a survécu de justesse à une attaque sauvage. Comme des dizaines de milliers d’autres Zimbabwéens, il a fui le pays hôte pour rentrer chez lui, le corps marqué et le cœur brisé.
Shingirai Kurebwaseka porte encore les stigmates de la violence. Des points de suture barrent le côté gauche de son visage. Son bras droit est plâtré. Son pied gauche est enveloppé dans un bandage de fortune, un simple sac plastique. Cet homme de 35 ans, originaire du Zimbabwe, a été violemment passé à tabac lors d’une série de manifestations anti-immigrés qui secouent l’Afrique du Sud depuis plusieurs semaines. Il raconte son calvaire avec un mélange de douleur et de soulagement. Ses agresseurs l’ont frappé partout, lui ont écrasé le pied avec un marteau, l’ont brûlé avec des morceaux de plastique enflammés. Ils s’apprêtaient à lui passer un pneu en feu autour de la taille. Mais il a réussi à s’échapper. Hospitalisé pendant sept jours, il a finalement pu prendre un bus affrété pour rejoindre son pays.
À la frontière zimbabwéenne, des centres d’accueil débordent. Des milliers de Zimbabwéens ont fui l’Afrique du Sud ces dernières semaines, poussés par la peur et la haine. Beaucoup arrivent avec seulement les vêtements qu’ils portent. Tichaona Magomazi, un autre compatriote, n’a emporté qu’une seule valise. C’est tout ce qu’il lui reste de onze années passées à Johannesburg. Il se tient au bord d’une autoroute, espérant trouver un véhicule pour le ramener chez lui, sans même avoir l’argent pour le trajet. Il est parti dès qu’il en a eu l’occasion, incapable de décrire la situation qu’il a fuie. Amos Ferenando, lui, a passé sept ans en Afrique du Sud dans le bâtiment. Il a dû quitter précipitamment son logement quand des milices ont commencé des perquisitions maison par maison. Bloqué à un contrôle routier, il a dû demander de l’aide à ses proches pour payer des amendes et rentrer.
Les chiffres donnent le vertige. Plus de 73 000 Zimbabwéens ont quitté l’Afrique du Sud entre fin mai et début juillet, selon des données officielles. La grande majorité sont partis par leurs propres moyens, mais près de 20 000 ont bénéficié de programmes d’aide au rapatriement. Au moins quatre étrangers ont été tués dans ces violences, même si certains gouvernements africains évoquent un bilan plus lourd. Des évaluations menées à la frontière montrent que près de 70% des rapatriés interrogés décrivent leur retour comme soudain ou forcé. Les besoins sont immenses : nourriture, transport, soutien psychologique. Magomazi serre toujours sa valise contre lui. Il ne demande qu’une chose : un moyen de transport pour rentrer chez lui. Juste rentrer.
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