Planète
Le dernier combat de Francis Hallé, sentinelle des forêts primaires
_**Le botaniste français, figure majeure de la défense des canopées tropicales, s’est éteint à l’âge de 87 ans. Sa vie fut dédiée à l’étude et à la protection d’un monde végétal qu’il voyait s’effacer à grande vitesse.**_
Le décès de Francis Hallé, survenu le 31 décembre, marque la disparition d’une voix singulière et inlassable dans le paysage scientifique et écologique. Pendant des décennies, ce professeur émérite de l’université de Montpellier a conjugué rigueur académique et engagement passionné pour alerter sur la destruction accélérée des forêts tropicales primaires. Son parcours fut celui d’un observateur devenu militant, témoin de la transformation radicale de paysages qu’il croyait immuables.
Sa vocation pour le monde végétal, née tardivement lors de ses études à la Sorbonne, a trouvé son terrain d’élection sous les latitudes tropicales. C’est en Côte d’Ivoire, face à la forêt du Banco, qu’il a forgé sa spécialité, l’architecture des arbres, une discipline permettant d’identifier ces géants par leur seule structure. Cette approche, nourrie par de longs séjours d’observation et des milliers de croquis, traduisait sa conviction profonde qu’il fallait apprendre à connaître ces organismes complexes, parfois centenaires, pour mieux les défendre.
La prise de conscience de la vulnérabilité de ces écosystèmes s’est imposée à lui dans les années 1980, face à l’avancée des chantiers d’exploitation. Cette réalité a transformé le chercheur en ardent porte-parole. Pour accéder au sanctuaire de la biodiversité que constitue la canopée, il a initié, avec d’autres, l’aventure du « Radeau des cimes », une plateforme innovante permettant l’étude scientifique de la cime des arbres.
Son discours, souvent teinté d’une ironie mordante, pointait du doigt les mécanismes économiques et les logiques politiques qu’il jugeait responsables d’une déforestation massive. Il dénonçait une forme de cécité collective et une course au profit sacrifiant des patrimoines naturels irremplaçables. Malgré un certain pessimisme quant à l’écoute des décideurs, il reconnaissait une sensibilité croissante du public, qu’il rencontrait inlassablement lors de conférences.
Au-delà du militantisme, Francis Hallé a toujours cultivé une approche esthétique et poétique du vivant. Grand lecteur de poésie, hostile au jargon, il a participé à des projets de médiation comme le film « Il était une forêt ». Il a également nourri le projet ambitieux de voir renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Auteur de nombreux ouvrages, il laisse une œuvre qui continue d’inviter à regarder, comprendre et respecter la complexité silencieuse du monde végétal.
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