Culture
Le cinéma hongkongais face au silence imposé
_**Le réalisateur Kiwi Chow évoque les contraintes croissantes pesant sur la création artistique dans la métropole, après l’interdiction de son dernier film par les autorités.**_
Le cinéaste hongkongais Kiwi Chow a appris récemment que son dernier long métrage, « Deadline », se voyait refuser toute diffusion sur le territoire. Cette décision administrative, motivée par des considérations de sécurité nationale selon les autorités, est intervenue après plusieurs mois d’attente. Le réalisateur déplore l’absence d’explications détaillées sur les motifs précis de cette interdiction, qu’il qualifie d’incompréhensible.
Le film, un thriller tourné à Taïwan mais situé dans un univers fictif, explore les tensions au sein d’un établissement scolaire d’élite. Pour son auteur, cette œuvre relève de l’allégorie. L’annonce de son blocage illustre, selon lui, l’évolution du paysage cinématographique local. Une industrie autrefois reconnue pour sa liberté de ton et son esprit critique doit désormais composer avec un cadre réglementaire plus strict, renforcé depuis 2021.
La législation sur la sécurité nationale, introduite en 2020, a en effet conduit à un resserrement des contrôles sur la production culturelle. Les statistiques officielles font état d’une augmentation des interdictions et des demandes de modifications pour les films depuis cette date. Cette situation incite de nombreux professionnels à pratiquer une autocensure préventive, estime Kiwi Chow, réduisant d’autant la diversité des sujets abordés.
L’itinéraire du réalisateur est emblématique de ces transformations. Il s’était fait connaître en 2015 en contribuant au film à sketches « Ten Years », une œuvre dystopique qui avait rencontré un important écho public. Par la suite, il a filmé les manifestations de 2019, matériau utilisé pour un documentaire présenté à l’étranger. Ces prises de position antérieures pourraient, selon ses propres suppositions, expliquer les difficultés rencontrées aujourd’hui pour ses projets.
Le tournage de « Deadline » a dû être relocalisé à Taïwan, aucune institution scolaire de Hong Kong n’ayant accepté d’accueillir la production. Malgré ces obstacles et l’isolement évoqué par le cinéaste, ce dernier affirme sa volonté de continuer à créer. Il se dit prêt à adapter ses méthodes de travail, en réduisant par exemple ses budgets ou en retravaillant ses scénarios, pour pouvoir continuer à tourner dans sa ville. La perspective de renoncer, assure-t-il, ne fait pas partie de ses options.
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