Monde
Le Burkina Faso face au déclin de son or blanc

L’insécurité liée aux groupes armés paralyse la filière cotonnière, plongeant des milliers d’agriculteurs dans la précarité.
Au Burkina Faso, la culture du coton, pilier économique pour des millions de personnes, subit de plein fouet les conséquences des violences jihadistes. Les chiffres sont éloquents. En l’espace d’un an, la production a chuté de 26 %, passant de 386 794 tonnes en 2023 à 286 623 tonnes cette année. Une tendance qui s’inscrit dans un recul structurel, fragilisant un secteur qui représente 4 % du PIB national et près de 14 % des exportations du pays.
Les régions agricoles, particulièrement dans l’est, sont les plus touchées. Les attaques répétées des groupes armés ont contraint des milliers d’exploitants à abandonner leurs terres. Selon les témoignages recueillis sur place, plus de 32 000 exploitations cotonnières ont disparu en quatre ans. Les conséquences sociales sont lourdes. Certains producteurs, comme Laurent Koadima, 48 ans, se retrouvent dans l’incapacité de subvenir aux besoins de leur famille. « Avant, le coton nous permettait de vivre décemment. Aujourd’hui, je dois me contenter de petits travaux », confie-t-il, précisant que deux de ses enfants ont dû quitter l’école.
L’impact se mesure aussi à l’échelle industrielle. La Société cotonnière du Gourma (Socoma), l’une des trois principales entreprises du secteur, a licencié l’ensemble de ses employés en juillet, faute d’activité depuis trois ans. Sa production, qui culminait à 80 000 tonnes annuelles dans les années 2000, est tombée à 3 000 tonnes cette année.
Face à cette crise, les autorités ont annoncé des mesures de soutien, notamment une enveloppe de 5 milliards de francs CFA (7,6 millions d’euros) pour l’achat d’intrants agricoles. Mais ces efforts peinent à enrayer un phénomène aggravé par des difficultés logistiques, comme la hausse des coûts du transport maritime ou les blocages liés à l’insécurité.
Dans ce contexte, de nombreux agriculteurs se reconvertissent dans l’élevage ou le commerce de proximité. Une adaptation forcée, alors que le pays reste englué dans un cycle de violences qui a fait plus de 26 000 morts depuis une décennie. Malgré les promesses des autorités de reprendre le contrôle du territoire, la filière cotonnière, vitale pour l’économie burkinabè, continue de payer un lourd tribut.

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