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Cuba tourne la page du socialisme intégral
Le gouvernement cubain dégaine 176 réformes pour ouvrir son économie au privé et aux investisseurs étrangers. Un changement radical pour l’île, étouffée…

Le gouvernement cubain dégaine 176 réformes pour ouvrir son économie au privé et aux investisseurs étrangers. Un changement radical pour l’île, étouffée par la crise et le blocus américain.
C’est un tournant que peu d’observateurs auraient parié il y a encore quelques années. Jeudi, le Premier ministre Manuel Marrero a dévoilé devant le Parlement un paquet de mesures qui touche à tous les secteurs clés de l’économie. Agriculture, tourisme, banques, marché des changes, impôts, salaires, investissements étrangers. Rien n’est épargné. L’objectif est clair. Sortir l’île de l’asphyxie économique en laissant enfin une vraie place au secteur privé et aux capitaux extérieurs. Un économiste cubain exilé à Londres résume la portée de l’annonce. Il parle du programme le plus profond jamais présenté depuis la révolution de 1959, soit plus de 65 ans de socialisme d’État.
Concrètement, les réformes prévoient de transformer les entreprises publiques en sociétés commerciales ouvertes à des participations privées. Les petites et moyennes entreprises ne seront plus limitées à 100 salariés. Les Cubains pourront posséder plusieurs entreprises et détenir des parts dans d’autres sociétés. Les comptes bancaires en devises étrangères deviennent possibles pour les particuliers. Les investisseurs étrangers pourront entrer dans le secteur privé local. Même les négociations salariales au sein des entreprises seront autorisées. Du jamais vu depuis la grande vague de nationalisations des années 1960. À l’époque, les petits commerces et commerces familiaux avaient été absorbés par l’État. Aujourd’hui, le vent tourne.
Ce virage n’est pas un caprice. Il est dicté par une réalité brutale. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis ont durci leur blocus. Un embargo pétrolier frappe l’île depuis près de cinq mois. Les coupures d’électricité sont généralisées. La nourriture, le carburant, l’eau potable et les médicaments manquent. L’économie est au bord de l’effondrement. Le président Miguel Diaz-Canel l’a dit lui-même. La réalité impose des changements urgents. Même l’ex-dirigeant Raul Castro, 95 ans, icône du régime, a donné son feu vert. Le Parti communiste, après une session exceptionnelle, a validé le paquet. Mais aucun calendrier précis n’a été donné. Reste à voir comment ces annonces seront mises en œuvre sur le terrain. Pour les Cubains, c’est une lueur d’espoir mêlée d’inquiétude. Un employé de banque de 63 ans résume le sentiment général. La révolution vit un moment délicat. Sans ces réformes, elle risque de tomber.

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