Société
Cinquante ans après Aléria, la Corse s’apprête à franchir une étape historique vers l’autonomie


Un demi-siècle de revendications politiques trouve aujourd’hui une issue institutionnelle, alors que le Parlement s’apprête à examiner un projet d’autonomie pour l’île de Beauté.
L’histoire contemporaine de la Corse reste marquée par l’épisode fondateur d’Aléria, survenu en août 1975. Une vingtaine d’autonomistes armés, menés par Edmond Simeoni, avaient alors investi une cave viticole pour dénoncer des malversations financières. L’intervention des forces de l’ordre s’était soldée par la mort de deux gendarmes, donnant une dimension tragique à cette revendication naissante.
Cette action, bien que condamnée par l’État, a constitué le point de départ d’un long processus de maturation politique. Le nationalisme corse s’est structuré autour du Front de libération nationale de la Corse (FLNC), dont les actions clandestines ont marqué plusieurs décennies. Parallelèlement, des avancées institutionnelles ont été obtenues, avec la création de l’Assemblée de Corse en 1982 puis de la Collectivité territoriale en 1991.
Les années 2000 ont vu s’opérer une transition progressive vers des revendications purement politiques. Le dépôt des armes par le FLNC en 2014 a ouvert la voie à une série de victoires électorales des autonomistes, qui dirigent désormais l’exécutif corse. Leur influence grandissante a permis d’engager un dialogue exigeant avec l’État central.
Les discussions, relancées après les événements entourant la mort d’Yvan Colonna en 2022, ont abouti à l’élaboration d’un projet de loi constitutionnelle. Celui-ci prévoit une autonomie within the Republic, incluant la reconnaissance de la spécificité insulaire, la co-officialité de la langue corse et un statut de résident. Le texte, validé en Conseil des ministres, devra néanmoins surmonter l’épreuve parlementaire, où il rencontre certaines résistances.
L’adoption définitive nécessitera un vote conforme de l’Assemblée nationale et du Sénat, suivi d’une approbation par le Congrès à la majorité des trois cinquièmes. Pour les dirigeants corses, ce processus représente l’aboutissement de cinquante ans de lutte et la possibilité de tourner une page historique. L’enjeu dépasse le cadre législatif ; il engage l’avenir des relations entre la Corse et la République française.





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