Planète
Athènes, le dilemme des rivières sacrifiées à l’urbanisation


Dans la capitale grecque, des habitants s’opposent à des aménagements destinés à prévenir les inondations, craignant la disparition des derniers cours d’eau naturels de l’agglomération.
Au cœur de la banlieue densément construite de Néa Filadélfeia, à l’ouest d’Athènes, la rivière Kifissos serpente encore entre des platanes centenaires. Ce paysage verdoyant, où hérons et faucons trouvent refuge, constitue une exception dans une métropole minérale. Tassos Sikoutris, un ingénieur, y ramasse régulièrement les déchets qui s’accumulent sur les berges. Pour lui, ce tronçon préservé est une oasis menacée par un vaste projet de génie civil destiné à contenir les crues.
Le cours d’eau, long de vingt-sept kilomètres, a été en grande partie recouvert ou canalisé au cours du siècle dernier pour laisser place à des autoroutes et des zones industrielles. Ce sort a été partagé par de nombreux autres ruisseaux dans une conurbation qui manque cruellement d’espaces verts. Face à la recrudescence d’épisodes pluvieux intenses, les autorités entendent désormais sécuriser les lits fluviaux restants. Leur objectif est d’éviter des catastrophes similaires aux inondations meurtrières qui ont frappé la Thessalie en 2023.
Le plan prévoit notamment la consolidation des berges à l’aide de gabions, des cages métalliques remplies de pierres, et l’emploi ponctuel de béton. Ces techniques, déjà appliquées sur d’autres sections, sont vivement contestées par des riverains et des associations de défense de l’environnement. Ils redoutent une artificialisation définitive de ces écosystèmes, avec l’abattage d’arbres anciens et la destruction d’un biotope précieux. Plusieurs recours ont été déposés devant la justice pour tenter de bloquer ce qu’ils qualifient de projet pharaonique.
Les opposants mettent en avant les services rendus par ces corridors naturels. Durant les canicules estivales, ils contribuent à rafraîchir localement l’atmosphère de plusieurs degrés. Dans un contexte de stress hydrique aigu, aggravé par une sécheresse persistante ayant conduit à placer l’Attique en état d’urgence, ils représentent aussi une ressource à préserver. Pour les défenseurs du projet, il s’agit avant tout d’un impératif de sécurité publique. Ils estiment que ces aménagements, jugés nécessaires et respectueux de l’environnement, permettront de faire face aux phénomènes climatiques extrêmes.
Le débat cristallise ainsi une tension plus large, entre la préservation de rares îlots de nature en ville et la nécessité de protéger les populations. La recherche d’un équilibre entre fonctionnalité hydraulique et valeur écologique apparaît comme un défi complexe pour l’avenir de la métropole athénienne.





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