Politique
La France se blinde contre les cyberattaques capables d’éteindre le pays
Menacée par une série d’actions hybrides imputées à la Russie, la France renforce la protection de ses infrastructures vitales, à commencer par son réseau…


Menacée par une série d’actions hybrides imputées à la Russie, la France renforce la protection de ses infrastructures vitales, à commencer par son réseau électrique. Une simulation de panne géante est même programmée dès novembre.
Une panne qui coupe tout, d’un coup. Plus de téléphone, plus de paiements par carte, plus de feux tricolores, plus de transports, plus d’usines qui tournent. À l’échelle d’un pays entier, la panique peut vite gagner et faire des victimes. Ce scénario, longtemps rangé dans la case des hypothèses lointaines, les autorités françaises le prennent désormais très au sérieux. La raison est simple. Des attaques informatiques et des sabotages visant des installations stratégiques se multiplient en Europe, et plusieurs portent la marque de la Russie.
Pourquoi le réseau électrique en particulier ? Parce que le toucher, c’est fragiliser tout le reste d’un seul coup. « Viser les réseaux énergétiques, cela a un impact très systémique, donc cela présente un vrai intérêt », résume un chercheur spécialiste des systèmes énergétiques. En août, un drone chargé d’explosifs a été retrouvé à l’aéroport allemand de Leipzig, une opération attribuée à Moscou. Peu après, la cheffe du renseignement intérieur français a prévenu que « tous les secteurs de production stratégiques, l’énergie, les communications » pouvaient être ciblés. Moins d’un mois plus tard, Emmanuel Macron a réclamé au gouvernement « un plan de protection des infrastructures critiques » face aux menaces hybrides. Les opérateurs concernés, dont la liste reste confidentielle, couvrent la défense, l’énergie, les télécoms ou encore la santé. Beaucoup profitent déjà du dispositif Piranet, qui mêle protections physiques et cyber.
Le calendrier, lui, s’est resserré. Un exercice simulant une panne électrique généralisée devait se tenir l’an prochain, il aura finalement lieu dès novembre. Car le scénario, resté très théorique pendant des années, est devenu très concret et compte parmi les plus exigeants qui soient pour la sécurité nationale. Dans les conseils d’administration, la tension monte. La France a encaissé coup sur coup des piratages retentissants, au ministère de l’Intérieur comme à Bercy. S’y ajoutent la flambée des prix de l’énergie et les craintes d’ingérence autour de l’élection présidentielle. Un faisceau d’inquiétudes que les autorités gardent en tête.
À l’échelle du continent, le constat est net. Le réseau électrique européen est bel et bien devenu une cible. Depuis 2022, le secteur a subi de multiples attaques contre des infrastructures critiques ainsi qu’une longue série de cyberattaques. Mais c’est l’offensive dirigée contre le réseau polonais, imputée à la Russie et passée tout près de réussir, qui a fait office de signal d’alarme. Elle a ciblé une trentaine de points d’interconnexion entre le réseau et les énergies renouvelables. L’autorité française en charge de la cybersécurité a averti les députés que ces faits devaient nous alerter, d’autant que certaines dynamiques pouvaient trahir une installation discrète et anticipée d’acteurs étatiques sur nos infrastructures, avec à la clé de possibles sabotages.
Comment s’y prennent les assaillants, concrètement ? Comme dans le monde physique, ils s’infiltrent et s’installent. Un attaquant peut pénétrer la partie informatique d’un système pour repérer un composant charnière relié au réseau opérationnel, celui des capteurs et des machines. Il exploite alors une faille pour atteindre l’équipement réel. Ce repérage patient, que les spécialistes appellent un pré-positionnement, laisse craindre des sabotages à venir. Les opérateurs, eux, restent très discrets. Le gestionnaire du réseau à haute tension assure disposer d’une organisation et d’experts en cybersécurité mobilisés en continu. « Malgré tous ces moyens, nous restons conscients que le risque zéro n’existe pas et nous nous y préparons », indique-t-il.
La menace n’a rien d’abstrait. Le sabotage récent d’un pylône à haute tension, revendiqué par l’ultragauche, a perturbé la production d’industriels en Haute-Savoie. Un ancien haut responsable du réseau mise d’ailleurs davantage sur le risque informatique que sur les dégâts matériels. Autrement dit, la partie se joue surtout dans les serveurs, pas seulement au pied des pylônes.
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