Monde
La Bolivie met la main sur son géant pétrolier pour sortir de la crise du carburant
Face aux files d’attente interminables et à l’essence de mauvaise qualité, La Paz reprend en main la compagnie publique YPFB avant de la recentrer sur son…


Face aux files d’attente interminables et à l’essence de mauvaise qualité, La Paz reprend en main la compagnie publique YPFB avant de la recentrer sur son vrai métier.
Le gouvernement bolivien a décidé de placer la compagnie publique des hydrocarbures sous tutelle. L’annonce est tombée mercredi, après des semaines de pénuries et une colère sociale grandissante. Le ministère des Hydrocarbures explique que cette supervision peut durer jusqu’à 180 jours, le temps de rétablir l’approvisionnement et d’éclaircir une chaîne logistique devenue opaque.
Cette intervention n’est qu’une première étape. À terme, l’exécutif veut retirer à YPFB la vente des carburants pour la confier à des entreprises privées. La compagnie serait ensuite recentrée sur l’exploration, l’exploitation et le raffinage. Le président Rodrigo Paz, arrivé au pouvoir en novembre avec la promesse de mettre fin aux ruptures d’essence, espère ainsi redonner à l’entreprise son rôle d’origine. Pour l’instant, la réalité est tout autre. Les conducteurs dorment parfois dans leur véhicule devant les stations-service, et le ministre des Hydrocarbures reconnaît que les mesures ordinaires n’ont pas suffi.
La suppression des subventions aux carburants en décembre, héritée des gouvernements socialistes d’Evo Morales et de Luis Arce, n’a pas réglé le problème. Elle a même pesé lourdement sur un pays déjà privé de réserves de devises. En janvier, des dizaines de milliers de voitures ont été endommagées par une essence livrée par YPFB et jugée de mauvaise qualité. Les autorités évoquent aussi de la contrebande. Selon le ministre des Travaux publics, la moitié du carburant importé par l’État partirait dans les pays voisins, avec la complicité de certains employés de l’entreprise publique.
La grogne ne se limite pas aux automobilistes. Depuis une semaine, des agriculteurs manifestent après le doublement du prix du diesel, désormais fixé à 1,5 dollar le litre. Cette hausse vise à freiner le trafic de carburant, mais elle bloque l’accès des campagnes au gazole. Dans le département de Santa Cruz, des manifestants ont barré des routes avec des pneus et des arbres abattus pendant 24 heures. Ces blocages défiendent directement l’état d’exception décrété après les grandes mobilisations de la crise économique, la plus grave qu’ait connue la Bolivie depuis quatre décennies.
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