Économie
Lafarge devant la justice, le cynisme d’un système mis à nu


_**Les avocats des parties civiles ont dépeint, lors de leurs plaidoiries, une entreprise prête à tout pour préserver ses profits, au mépris des risques humains et juridiques.**_
Les représentants des victimes ont dressé un récit accablant des pratiques du cimentier français Lafarge en Syrie. Ils ont décrit une organisation où la recherche du bénéfice a systématiquement primé sur toute autre considération, conduisant à des choix délibérés. Le maintien de l’activité de l’usine de Jalabiya, dans un contexte de guerre, aurait impliqué le versement de sommes importantes à des factions armées, dont l’organisation État islamique.
Les conseils des parties civiles ont insisté sur les conséquences humaines de cette stratégie. Ils ont évoqué la peur constante dans laquelle vivaient les employés syriens, contraints de franchir des checkpoints contrôlés par des groupes terroristes pour se rendre au travail. Chaque paiement effectué par l’entreprise aurait, selon eux, consolidé l’emprise territoriale de ces groupes et exposé davantage le personnel.
Le mobile économique a été présenté comme central. La préservation d’un investissement considérable aurait justifié, aux yeux des dirigeants, la prise de risques délibérés, y compris le financement d’entités proscrites. Les avocats ont rejeté la thèse d’actions isolées, dénonçant un dysfonctionnement systémique au sein de la multinationale. Ils ont pointé une dilution des responsabilités dans la hiérarchie, chaque prévenu semblant rejeter la faute sur un autre.
La défense de l’ancien président-directeur général, qui affirme avoir été tenu à l’écart des décisions opérationnelles, a été particulièrement contestée. Pour les parties civiles, diriger une entreprise de cette envergure implique une obligation de vigilance et de contrôle, surtout dans une zone de conflit. Une condamnation ferme de la société elle-même est réclamée, présentée comme un signal dissuasif nécessaire pour l’ensemble du monde économique.
La question de la recevabilité des parties civiles, nombreuses à s’être constituées, reste en suspens. Le ministère public a fait valoir une stricte application du droit, rappelant la jurisprudence actuelle sur la définition de la victime en matière de financement du terrorisme. Le tribunal devra trancher ce point délicat en même temps qu’il se prononcera sur le fond de l’affaire.





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