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Économie

La Havane voit renaître un espoir immobilier au cœur de la crise

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Alors que l’économie cubaine traverse une période de turbulences inédites, le marché de l’habitat dans la capitale connaît des signes de vie inattendus, porté par des anticipations de réformes et un regain d’intérêt des investisseurs.

Dans une ville où les façades coloniales côtoient les immeubles décrépits, un frémissement parcourt le secteur immobilier. Depuis quelques mois, les transactions se multiplient dans certains quartiers huppés de La Havane, tandis que les prix amorcent une légère remontée. Les intermédiaires, bien que toujours officieux dans un cadre juridique flou, redoublent d’activité et adaptent leurs discours aux nouvelles attentes des acheteurs.

Ce regain d’intérêt intervient dans un contexte économique particulièrement difficile. L’île subit depuis six ans une grave récession, aggravée par un embargo pétrolier renforcé par Washington au début de l’année 2026. Pourtant, les professionnels du secteur observent une dynamique nouvelle. Dans les beaux quartiers comme Miramar, Nuevo Vedado ou Vedado, les prix grimpent doucement, même s’ils restent très en deçà des sommets atteints lors du rapprochement diplomatique avec les États-Unis, entre 2015 et 2017.

L’optimisme prudent des acteurs du marché repose sur plusieurs facteurs. Les négociations en cours entre Washington et La Havane nourrissent des spéculations sur une possible détente. Surtout, une nouvelle loi sur le logement, attendue pour juillet, devrait autoriser le recours à l’hypothèque et permettre aux Cubains de posséder jusqu’à trois biens immobiliers, contre deux actuellement. Ce texte pourrait ouvrir la voie à une véritable activité commerciale autour de l’immobilier.

Par ailleurs, l’émigration massive qui a vidé l’île de plus d’un million et demi d’habitants depuis 2020 semble ralentir, réduisant l’offre de logements disponibles. Dans le même temps, le secteur privé, en pleine expansion depuis la légalisation des petites et moyennes entreprises en 2021, cherche des locaux pour s’implanter, dans une capitale où les bureaux professionnels sont presque inexistants. Les entreprises de construction privées, désormais capables d’importer leurs propres matériaux, contribuent également à fluidifier le marché en facilitant les rénovations.

L’appétit des Cubains de l’étranger, en particulier ceux installés aux États-Unis, constitue un autre moteur essentiel. Beaucoup d’entre eux, partis depuis plusieurs décennies et ayant accumulé un certain capital, souhaitent aujourd’hui réinvestir sur l’île. Certains espèrent même récupérer des biens nationalisés après la révolution de 1959. Un Cubain de 48 ans, résidant à Miami depuis 32 ans, a confié avoir chargé un parent de lui trouver un appartement à La Havane, persuadé que des changements sont imminents.

Cette effervescence, toutefois, reste fragile. Elle repose davantage sur des anticipations que sur une reprise solide de l’offre et de la demande. De nombreux vendeurs ont d’ailleurs retiré leurs biens du marché, misant sur une hausse prochaine des prix. D’autres ont augmenté leurs exigences financières. Le marché immobilier havanais, bien que frémissant, demeure suspendu aux décisions politiques et à l’évolution des relations entre Cuba et les États-Unis.

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