Culture
Hajime Kinoko, l’artiste qui sublime les liens entre corps et architecture

À travers le shibari, cet artiste japonais réinvente un art ancestral en mêlant esthétique et poésie, bien loin des clichés fétichistes.
Dans un atelier tokyoïte, une scène intrigante se déroule sous les yeux attentifs de Hajime Kinoko. Une jeune femme enlace de cordes le corps d’une modèle, suspendue à des chaînes. Loin d’être une performance érotique, cette mise en scène relève d’une démarche artistique aboutie. À 48 ans, Kinoko s’est imposé comme une figure majeure du shibari, détournant cette pratique traditionnelle de ses origines fétichistes pour en faire un langage plastique à part entière.
Découvert dans les années 2000 alors qu’il gérait un bar lié à la culture BDSM, l’artiste a rapidement dépassé les codes du genre. « Je ne cherchais ni la domination ni la souffrance, mais une forme de beauté », confie-t-il. Son approche, résolument contemporaine, transforme les corps en toiles vivantes et les espaces en installations monumentales. À Shibuya, une maison ovoïde enveloppée de cordes bleues témoigne de cette vision. « La structure était magnifique, mais incomplète. Les liens y apportent une respiration, comme une faille qui s’ouvre », explique-t-il.
Le shibari puise ses racines dans le hōjōjutsu, une technique martiale utilisée durant l’ère Edo pour immobiliser les prisonniers. Popularisé au XXe siècle par des illustrateurs et écrivains, il a longtemps oscillé entre érotisme et contrainte. Kinoko, lui, en a fait un art visuel, exposé jusqu’au festival Burning Man en 2017, où il érigea un sanctuaire de cordes dans le désert. « Pourquoi ne pas envelopper la tour Eiffel ? », lance-t-il, esquisse d’un projet encore inédit.
Conscient des risques liés à cette pratique, l’artiste a fondé l’école Ichinawakai pour former une nouvelle génération. Parmi ses élèves, une Française de 25 ans témoigne de sa méthode rigoureuse, où la sécurité et l’esthétique priment. « Il a transcendé les codes initiaux », souligne-t-elle. Pour Kinoko, le shibari dépasse l’art. « C’est une métaphore des liens humains. Dans un monde fracturé, il rappelle que nous sommes tous interconnectés. » Une philosophie qui, à travers ses œuvres, continue de tisser des ponts entre les cultures.

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