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Des gilets jaunes aux lycées bloqués, une décennie de colère française

Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, le pays a enchaîné les crises sociales et politiques sans vraiment reprendre son souffle. Alors que…

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Des gilets jaunes aux lycées bloqués, une décennie de colère française

Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, le pays a enchaîné les crises sociales et politiques sans vraiment reprendre son souffle. Alors que lycéens, étudiants et gilets jaunes repartent au front, retour sur ces séquences qui ont secoué la France.

Le rendez-vous est posé. Ce samedi, les gilets jaunes sont appelés à ressortir leurs chasubles, pendant que les lycées et les universités poursuivent leur mobilisation. Deux mouvements distincts, une même exaspération, et une mécanique devenue familière depuis 2017.

Tout s’embrase à l’automne 2018. La hausse des taxes sur les carburants met le feu aux poudres. Le 17 novembre, près de 300 000 personnes descendent dans la rue, occupent les ronds-points, coupent les routes. Les samedis suivants dérapent en affrontements. Sous la pression, Emmanuel Macron recule sur les taxes, gèle les tarifs de l’électricité et du gaz, revalorise le Smic. Le souffle retombe au printemps 2019, mais le bilan reste lourd. Onze morts, vingt-trois éborgnés, environ 2 500 blessés chez les manifestants et 1 800 du côté des forces de l’ordre.

Quatre ans plus tard, la réforme des retraites met le pays à l’arrêt. Repousser le départ à 64 ans passe très mal. Plus de trois mois de mobilisation, des cortèges franchissant trois fois la barre des 1,2 million de personnes, des raffineries, des ports et des transports paralysés. À Paris, la grève des éboueurs transforme les trottoirs en dépotoirs à ciel ouvert. Élisabeth Borne finit par actionner le 49.3 pour faire adopter le texte sans vote, dans une Assemblée où le camp présidentiel ne dispose plus que d’une majorité relative depuis 2022.

L’été 2023 bascule dans une autre forme de violence. Le 27 juin, Nahel, 17 ans, est tué par un policier lors d’un contrôle routier en région parisienne. Cinq nuits d’émeutes embrasent le territoire, avec 45 000 policiers déployés et près de 4 000 interpellations. Emmanuel Macron annonce alors un projet de loi d’urgence pour accélérer la reconstruction des villes abîmées.

Au même moment, le monde agricole s’énerve. À l’automne 2023, des agriculteurs occitans retournent des centaines de panneaux de signalisation. En cause, la taxation annoncée du gazole non routier et des aides européennes qui traînent. Début 2024, les syndicats passent aux actions coup de poing, autoroutes bloquées, convois de tracteurs vers Paris, fumier déversé devant des lieux symboliques. Un an plus tard, la colère repart de plus belle, entre instabilité gouvernementale, pire récolte de blé en quarante ans, vendanges en chute libre et maladies qui dévastent les élevages bovins et ovins. La loi d’orientation agricole, adoptée début 2025, apaise les esprits un temps. Puis le dossier de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur rallume la mèche.

Sur le terrain politique, le coup de tonnerre tombe le 9 juin 2024. Le Rassemblement national arrive en tête des européennes avec 31 % des voix. Emmanuel Macron dissout l’Assemblée dans la foulée et convoque des législatives anticipées. Le RN signe un score historique et devient la première force en nombre de députés, avec 119 élus et trois apparentés. Le camp présidentiel, lui, perd sa majorité relative. S’ouvre alors une période d’instabilité, marquée par le gouvernement Barnier, puis par la démission du gouvernement Bayrou. Chargé de former un nouvel exécutif, Sébastien Lecornu jette l’éponge une première fois avant d’être reconduit et d’y parvenir.

Aujourd’hui, c’est la jeunesse qui prend le relais. Les blocages ont démarré à la mi-septembre à Créteil, dans le Val-de-Marne, après des prémices à Mayotte fin août, avant d’essaimer dans tout le pays. Les lycéens dénoncent la pression de Parcoursup, le manque d’enseignants, des bâtiments scolaires dégradés et des emplois du temps trop chargés. Le mouvement gagne peu à peu les universités. La tension monte aussi, avec des mineurs grièvement blessés et des membres des forces de l’ordre touchés. Le Défenseur des droits reçoit des dizaines de saisines, tandis que l’IGPN, la police des polices, ouvre de nombreuses enquêtes. La fermeté affichée au départ par l’exécutif laisse progressivement place à des réponses plus politiques, dont l’envoi en urgence de 3 000 professeurs remplaçants dans les lycées où la situation est la plus critique.

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