Société
Violences faites aux enfants, ces adultes qui doivent apprendre à voir et à écouter
Un guide et une formation gratuite débarquent pour aider les professionnels de l’enfance à repérer les signes de violence et à recueillir la parole des…


Un guide et une formation gratuite débarquent pour aider les professionnels de l’enfance à repérer les signes de violence et à recueillir la parole des plus jeunes. L’idée est simple, qu’aucun signal ne passe inaperçu et que chaque enfant qui se confie soit entendu sans être bousculé par les questions.
Les professionnels de l’éducation, de la santé, du sport ou de l’animation ont désormais un outil entre les mains. Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, a annoncé la diffusion d’un guide pensé pour eux, ces femmes et ces hommes qui croisent des enfants tous les jours et se retrouvent souvent les premiers témoins de ce qui se passe à la maison. Leur rôle est décisif. Mais passer de l’intuition à l’action n’a rien d’évident. Face à des faits d’une gravité extrême, il faut à la fois garder son calme, adopter une écoute sans jugement, ne pas faire peser de culpabilité sur l’enfant, et savoir vers qui se tourner pour alerter et protéger. Un équilibre loin d’être spontané.
Le document les invite à surveiller un faisceau d’indices, plutôt qu’un signe isolé. Côté corps, des blessures qui reviennent peuvent accompagner des violences physiques. Côté comportement, un isolement soudain, une tristesse qui s’installe, une anxiété excessive ou des troubles du sommeil doivent faire lever un drapeau. À l’école, la vigilance porte sur l’absentéisme, une chute brutale des résultats, des difficultés de concentration ou un désengagement d’un coup, alors que l’enfant était investi dans ses activités. Autant de changements qui, mis bout à bout, racontent parfois une histoire que l’enfant ne peut pas dire.
Reste le moment le plus délicat, celui où la parole se libère. Quand un enfant évoque spontanément des violences, la bonne attitude tient en quelques gestes. Écouter activement. Rester calme. Le laisser parler jusqu’au bout sans le couper. Et lui dire qu’il a bien fait de se confier, parce que ce pas-là demande du courage. Il est tout aussi important de lui rappeler qu’il n’est jamais responsable de ce qu’il a subi. Le guide met en garde contre les questions trop nombreuses, suggestives ou insistantes, capables de fragiliser son récit et de l’influencer. Mieux vaut écouter sans interroger, garder autant que possible les mots qu’il a employés, puis transmettre la situation aux personnes compétentes, magistrats, juges, policiers et gendarmes. Les questions doivent rester ouvertes et neutres, du type « Peux-tu me raconter ce qui s’est passé ? » plutôt que « Est-ce que ton père t’a fait ça ? », qui oriente la réponse.
Cette transmission, appelée information préoccupante, est la clé de tout le dispositif. Elle peut passer par un appel au 119, le numéro national d’urgence dédié à la protection des enfants. L’an dernier, les écoutants de cette ligne ont traité 40 709 sollicitations, soit environ 111 par jour. Pour accompagner les professionnels dans cette mission, un module de formation gratuit de six heures et en libre accès sera mis en ligne sur le site du ministère de la Santé. Parce que repérer, ce n’est pas seulement une question de procédure. C’est accepter de regarder en face ce que vivent certains enfants, et se donner les moyens de les croire quand ils parlent.
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