Europe
Au Pérou, le duel Fujimori Sanchez divise un pays las de la crise
Keiko Fujimori, héritière d’une dynastie contestée, et Roberto Sanchez, député de gauche, s’affrontent pour la présidence. Près de 27 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, mais un quart d’entre eux hésite encore entre ces deux candidats qui cristallisent les peurs et les espoirs.
Ce dimanche, le Pérou vit un nouveau chapitre de son histoire politique tourmentée. D’un côté, Keiko Fujimori, 51 ans, brigue le pouvoir pour la quatrième fois. Elle porte le poids d’un nom qui divise. Son père, Alberto Fujimori, ancien président condamné pour corruption et crimes contre l’humanité, lui a jusqu’ici barré la route. De l’autre, Roberto Sanchez, 57 ans, se présente en héritier politique de Pedro Castillo, l’ex-président emprisonné après avoir tenté de dissoudre le Parlement. Leurs programmes s’opposent frontalement. L’une promet de lutter contre l’insécurité avec une main de fer. L’autre veut un changement radical pour les exclus. Mais derrière les discours, c’est un pays fatigué qui regarde. Huit chefs d’État se sont succédé en dix ans. La corruption et le chaos institutionnel ont épuisé la confiance des citoyens. Beaucoup ne savent plus pour qui voter. « On est entre le marteau et l’enclume », résume Marco Sanchez, un chauffeur de taxi de 38 ans qui prévoit de voter blanc.
L’insécurité est devenue la priorité numéro un des Péruviens. En 2025, le pays a enregistré 26 500 plaintes pour extorsion, neuf fois plus qu’il y a cinq ans. Dans la région de Lima, le taux d’homicides a triplé pour atteindre 23 pour 100 000 habitants. Keiko Fujimori mise sur ces chiffres pour convaincre. Elle promet d’expulser les migrants en situation irrégulière et de militariser les rues et les prisons. Elle se dit prête à agir avec « la même détermination » que son père face aux guérillas des années 1980 et 1990. Roberto Sanchez, lui, propose une réforme de la police et un recours exceptionnel aux forces armées. Il veut aussi réformer le système judiciaire. Mais malgré ces promesses, un électeur sur quatre reste indécis. Les deux candidats s’accusent mutuellement d’incarner le chaos. « Le chaos s’écrit avec un K », a lancé Sanchez lors d’un débat. « Avec un C, comme Castillo », lui a répondu Fujimori. Un échange qui résume le climat de ces élections.
Le futur président héritera d’une situation économique paradoxale. La croissance atteint 3,4 % en 2025, et l’inflation est la plus faible d’Amérique latine. Pourtant, sept travailleurs sur dix évoluent dans l’économie informelle, et l’exploitation minière illégale prospère. Le prochain chef de l’État prendra ses fonctions le 28 juillet, sans majorité au Parlement, devenu bicaméral pour la première fois en trente ans. « C’est la solidité même des institutions démocratiques qui est en jeu », analyse Patricia Zarate, une experte politique. L’issue du scrutin reste très incertaine. Certains électeurs, comme Hugo Rojas, vendeur de pains de 54 ans, espèrent que Fujimori saura « changer cette situation ». D’autres, comme Oliver Cotera, moto-taxiste de 50 ans, subissent au quotidien la pression des extorqueurs. Le Pérou retient son souffle. Le choix est entre l’ordre et le changement. Mais pour beaucoup, aucun des deux camps ne semble vraiment capable de sortir le pays de l’ornière.
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