Culture
Agnès Jaoui réinvente Don Giovanni dans une mise en scène toulousaine

La cinéaste et comédienne signe une interprétation contemporaine du chef-d’œuvre mozartien, interrogeant la figure du séducteur prédateur à l’aune des débats actuels.
Le Théâtre national du Capitole de Toulouse présente une nouvelle production de Don Giovanni portée par le regard singulier d’Agnès Jaoui. Pour sa troisième réalisation lyrique, l’artiste plurielle aborde ce monument du répertoire avec une approche qui souligne les résonances entre le personnage de l’aristocrate débauché et les questionnements contemporains sur les rapports de domination.
La metteuse en scène décrit Don Giovanni comme un être complexe, à la fois répulsif et fascinant, évoluant dans une société rigide qu’il défie par son comportement transgressif. Elle souligne comment ce noble, convaincu de son impunité, incarne une forme d’addiction à la conquête et à la destruction. Le directeur artistique de l’institution rappelle que la réalisatrice a toujours exploré dans son œuvre les mécanismes de la séduction et les ambiguïtés morales.
Cette production s’inscrit dans la continuité des précédentes expériences lyriques d’Agnès Jaoui, qui puise également dans sa pratique du chant en tant que soprano. La scénographie transporte le public dans un quartier aux allures gothiques, avec des ruelles obscures et des murs décrépits qui créent une atmosphère à la fois poétique et oppressante. Cet environnement visuel participe à restituer le climat social étouffant dans lequel évolue le protagoniste.
L’œuvre originale de Mozart, créée à la fin du XVIIIe siècle, montre le personnage principal commettant des actes répréhensibles dès les premières scènes, puis déployant tout au long de l’intrigue un arsenal de manipulations pour assouvir ses désirs. Le directeur artistique précise que l’opéra ne saurait être réduit à une simple leçon sur les violences sexuelles, soulignant la complexité des œuvres classiques face aux lectures contemporaines.
Si la conclusion de l’opéra voit le séducteur emporté dans les enfers, les responsables de la production observent que cette punition ne suffit pas à effacer les conséquences de ses actes. Agnès Jaoui note que les dynamiques de pouvoir et l’instrumentalisation des femmes persistent dans les relations, tout en exprimant l’espoir que les mouvements féministes parviennent à faire évoluer durablement les mentalités. Cette réflexion s’inscrit dans son travail constant sur les rapports humains et les conventions sociales.

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