Europe
Roumanie, un troisième candidat au poste de Premier ministre et toujours aucun gouvernement
Siegfried Muresan a été chargé de former un exécutif pro-européen, mais il ne dispose que de 170 voix là où 233 sont exigées. Un échec mercredi…

Siegfried Muresan a été chargé de former un exécutif pro-européen, mais il ne dispose que de 170 voix là où 233 sont exigées. Un échec mercredi rapprocherait le pays d’élections anticipées que l’extrême droite appelle de ses vœux.
Mercredi, les parlementaires roumains se prononcent pour la deuxième fois depuis la chute du gouvernement, en mai, sur le nom d’un nouveau Premier ministre. Le président Nicusor Dan a cette fois porté son choix sur Siegfried Muresan, 45 ans, député libéral au Parlement européen. Avant lui, deux candidats ont buté sur le même obstacle, et l’un d’eux a même renoncé avant que le Parlement ne se prononce. Muresan, lui, promet un gouvernement pro-européen doté d’« un ambitieux programme de réformes ». Le compte n’y est pas. Il peut compter sur 170 voix, quand il en faudrait 233.
Le refus tient en une phrase. Le Parti social-démocrate, formation de centre gauche et première force du pays avec 129 sièges, ne votera pas pour lui. Il réclame qu’un des siens s’installe à la tête du gouvernement. L’enchaînement qui a mené à cette impasse remonte au début du mois de mai, quand le PSD s’est allié à l’extrême droite de l’AUR pour faire tomber l’exécutif pro-européen d’Ilie Bolojan. Le même PSD avait pourtant siégé dans cette coalition, avant de claquer la porte à la mi-avril pour protester contre les mesures d’austérité décidées par Bolojan afin de réduire le déficit public, le plus lourd de l’Union européenne. Depuis, Bolojan expédie les affaires courantes, faute de successeur.
Un échec de Muresan mercredi ouvrirait une autre porte. Les conditions légales d’élections anticipées seraient alors réunies, et l’extrême droite a prévenu qu’elle lancerait une procédure de destitution du président s’il refusait de les convoquer. Nicusor Dan, lui, voit dans ce scénario un simple prolongement de la crise. Il dénonce les calculs électoraux des uns et des autres, au détriment de l’intérêt du pays. Il a aussi écarté à plusieurs reprises l’idée d’un gouvernement incluant l’extrême droite, dont la progression dans les sondages ne se dément pas. L’AUR frôle les 40 % des intentions de vote dans la dernière enquête INSCOP.
Chez les analystes, un retour aux urnes ne séduit personne, sauf l’AUR. Pour Pirvulescu, doyen de la faculté de sciences politiques de l’université SNSPA à Bucarest, le président ne s’y résoudra qu’après avoir sorti un nouveau nom de son chapeau, un technocrate éventuellement. Et le résultat ne réglerait rien, selon lui. Un nouveau scrutin accoucherait d’un Parlement encore plus fragmenté, avec une extrême droite renforcée. Reste le calendrier. « Des élections anticipées signifient encore quatre mois d’attente à partir du moment où elles sont convoquées pour former un nouveau gouvernement », rappelle-t-il. Quatre mois, c’est long pour un pays déjà « dans une situation économique très compliquée », privé depuis mai d’un gouvernement capable de trancher.
Les indicateurs supportent mal cette attente. La Roumanie, 19 millions d’habitants, membre de l’Union européenne et de l’Otan, a vu son déficit se creuser et son inflation grimper jusqu’aux niveaux les plus élevés de l’UE. En août, les agences de notation ont maintenu une perspective négative, la crise politique faisant peser un risque sur le rythme de l’assainissement budgétaire.
Le pays sort pourtant d’une longue zone de turbulence, de l’automne 2024 à juin 2025. Ilie Bolojan était arrivé au pouvoir après des semaines de tractations, porté par les pro-européens, PSD compris. Son arrivée faisait suite à une élection présidentielle relancée après l’annulation du scrutin de novembre 2024, dominé par une figure d’extrême droite alors inconnue. La campagne avait suscité des accusations d’ingérence russe, dans un pays installé aux avant-postes de l’Otan depuis le début de la guerre en Ukraine voisine.
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