Politique
Raphaël Glucksmann, ce candidat qui n’arrive plus à parler aux jeunes
Il n’y a pas si longtemps, il était le politique préféré des 18-24 ans. Aujourd’hui, Raphaël Glucksmann plafonne à 5 ou 6 % des intentions de vote chez…


Il n’y a pas si longtemps, il était le politique préféré des 18-24 ans. Aujourd’hui, Raphaël Glucksmann plafonne à 5 ou 6 % des intentions de vote chez ces électeurs, quand Jean-Luc Mélenchon dépasse les 40 %.
Dimanche, Raphaël Glucksmann a largement remporté la primaire de l’espace social-démocrate. Le voilà donc désigné pour porter les couleurs de cette famille politique. Sauf qu’un obstacle de taille se dresse devant lui. La jeunesse qui l’avait porté lors de son premier mandat européen, séduite par son combat pour les Ouïghours, ne le suit plus vraiment.
Sur ce terrain, c’est Jean-Luc Mélenchon qui tient la corde. Le quadruple candidat à la présidentielle, devenu une figure incontournable des cortèges, récolte 41 à 43 % des intentions de vote chez les électeurs de 18 à 24 ans certains d’aller voter, selon un récent sondage. Marine Le Pen suit avec 20 à 22 %, et Raphaël Glucksmann ferme la marche avec 5 à 6 %. Un écart béant qui en dit long sur le rapport de force à gauche chez les plus jeunes, en pleine mobilisation lycéenne.
Le patron de Place publique ne s’est pas joint aux cortèges. Il a rencontré des lycéens, notamment lors d’un déplacement à Marseille, mais il assume une autre idée du rôle politique. Les revendications des jeunes lui paraissent légitimes, sauf qu’un élu n’est pas là pour manifester, il est là pour apporter des réponses. Il avance ainsi un plan de sauvetage de l’école publique étalé sur cinq ans, avec une meilleure rémunération des enseignants, des classes moins chargées et une rénovation des bâtiments scolaires. Il veut aussi conditionner les aides publiques à des critères de mixité sociale et supprimer la plateforme Parcoursup.
Cette distance passe mal chez certains. Un cadre Insoumis ironise sur sa peur d’aller dans les manifs, persuadé qu’il y serait mal accueilli, et le renvoie à des positions jugées proches de la Macronie. Un élu de gauche non mélenchoniste enfonce le clou et décrit un homme indésirable dans toutes les mobilisations où se trouvent des jeunes, qu’il s’agisse des lycéens ou des marches pour le climat.
Le même se souvient qu’avant les européennes de 2024, Raphaël Glucksmann était le politique le plus apprécié des jeunes, porté par son engagement pour les Ouïghours, cette minorité musulmane persécutée en Chine. Aujourd’hui, regrette-t-il, il n’en parle plus, ne porte plus aucun combat et se contente de dire qu’il n’est pas Jean-Luc Mélenchon. Un positionnement qui l’a exposé à être taxé de droite et l’a coupé d’une partie de la jeunesse. Un responsable socialiste évoque aussi le poids de l’instrumentalisation et de l’essentialisation dont l’eurodéputé a fait l’objet autour de Gaza, alors que la conscience politique de nombreux jeunes s’est forgée avec le 7-Octobre et ses conséquences.
Ses soutiens, eux, ne baissent pas les bras. Théophile Toussaint, 28 ans, membre de Place publique, lui doit son engagement et prépare un mouvement de jeunes autour du candidat, baptisé Place aux jeunes. Il devrait voir le jour dans les prochaines semaines et rassembler des membres de Place publique, du PS et des Écologistes. Il veut croire à une envie de social-démocratie chez les jeunes, qui ne l’ont pas lâché selon lui, tout en admettant qu’une cause concrète comme celle des Ouïghours offre davantage de prise.
Pour Rémi Boussemard, président des Jeunes socialistes, des propositions ambitieuses peuvent encore convaincre, à condition de bousculer le système, et il défend l’idée d’un revenu jeune. Un dirigeant socialiste résume la question autrement, en se demandant comment retrouver cette jeunesse Glucksmann qui a bel et bien existé.
L’intéressé ne fuit pas le débat. Il constate que dès qu’il a présenté un programme général pour la gauche démocratique, il a été perçu comme pas assez radical. Le discours rationnel et nuancé n’est pas forcément le plus séduisant pour la jeunesse, a-t-il reconnu. Il promet désormais un horizon de transformation suffisamment radical pour convaincre cet électorat, avec sa révolution écologique en tête de gondole. Il se présente aussi comme le candidat de la rupture avec les années macronistes, mais d’une rupture réaliste.
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