Europe
À Tirana, les étudiants tiennent tête au pouvoir et la rue ne désarme pas
Canons à eau et gaz lacrymogène d’un côté, pavés et cocktails Molotov de l’autre. Pour la deuxième journée d’affilée, la capitale albanaise s’est…

Canons à eau et gaz lacrymogène d’un côté, pavés et cocktails Molotov de l’autre. Pour la deuxième journée d’affilée, la capitale albanaise s’est transformée en théâtre d’affrontements, sur fond d’exigence de démission du Premier ministre Edi Rama.
Mercredi, les rues du centre de Tirana ont une nouvelle fois ressemblé à un champ de bataille. Les unités antiémeutes ont multiplié les tirs de gaz lacrymogène et les jets de canons à eau pour contenir une foule de plusieurs centaines de personnes. En face, les protestataires ont lancé des pavés et des cocktails Molotov, brûlé des poubelles et dressé des barricades le long d’une artère proche du ministère de l’Education. Ce bâtiment a été directement visé. Deux personnes ont escaladé son mur pour y lancer des fumigènes, avant qu’une épaisse fumée noire ne s’échappe d’une fenêtre. Les pompiers sont intervenus et ont rapidement étouffé les flammes. Dans la foulée, des commerces voisins ont vu leurs vitrines voler en éclats, et une agence bancaire a été la cible d’un groupe d’hommes qui ont brisé les vitres puis mis le feu à des documents à l’intérieur. Le sinistre a là aussi été maîtrisé en peu de temps, tandis que les flammes touchaient ce qui semblait être un bâtiment désaffecté.
La veille, la journée avait déjà été très tendue. Des centaines de personnes s’étaient rassemblées devant le ministère de l’Education pour exiger le départ du chef du gouvernement et une aide plus conséquente en faveur des étudiants. Seize interpellations avaient suivi. Selon la police, ses agents ont dû faire face à une violence continue, visés par des jets de pierres, d’objets contondants, de pétards et de cocktails Molotov lancés par des groupes masqués. Le ministère de la Santé a fait état de seize personnes soignées ce jour-là, dont huit manifestants, six policiers, trois journalistes et deux passants, touchés notamment par les gaz lacrymogènes. La nuit qui a précédé, des immeubles gouvernementaux avaient subi d’importants dégâts et plus de douze personnes avaient été arrêtées. Des individus avaient forcé les portes de la mairie, mis le feu à l’intérieur et saccagé d’autres bâtiments.
Derrière les barricades, une colère qui couve depuis des mois. Les violences de cette semaine s’inscrivent dans le prolongement de plus de quatre mois de mobilisations antigouvernementales dans ce petit pays des Balkans. Le point de départ se trouve du côté d’un projet d’hôtel de luxe dans une réserve naturelle côtière, associé à Ivanka Trump, l’une des filles de Donald Trump, et à son mari Jared Kushner. Ce dossier a nourri un vif mécontentement, sur fond de soupçons de corruption et de manque de transparence. Les étudiants ont repris ces revendications à leur compte, en expliquant aux médias albanais que le rassemblement de mardi visait aussi à pointer les conditions d’étude dans les universités, le niveau des frais de scolarité et le peu de soutien accordé à la jeunesse.
Face à cette montée des tensions, l’Union européenne, que l’Albanie souhaite rejoindre, a exprimé son inquiétude. Sa délégation à Tirana a dit prendre acte des allégations de recours excessif à la violence contre des manifestants et des journalistes, avant d’appeler à une enquête. Elle a également encouragé toutes les parties à faire retomber la pression.
Sur place, la police avait beau appeler au calme, l’atmosphère est restée pesante tout au long de l’après-midi. Et rien ne dit que la nuit sera plus tranquille.
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