Économie
Promesses carbones en Afrique, l’amère désillusion
Des engagements climatiques spectaculaires signés par plusieurs États africains avec une société émiratie se sont révélés sans suite, laissant des millions d’hectares de forêts sans protection et des communautés locales sans compensation.
Le Liberia avait placé de grands espoirs dans un accord conclu en 2023 avec Blue Carbon, une entreprise liée à la famille régnante des Émirats arabes unis. Ce partenariat devait financer la préservation de près de dix pour cent du territoire forestier national grâce à la vente de crédits carbone. Deux années se sont écoulées sans que la moindre compensation financière n’atteigne Monrovia, le protocole d’accord étant désormais considéré comme caduc.
Cette situation n’est pas isolée. Plusieurs gouvernements africains, dont ceux de Tanzanie, Zambie, Zimbabwe et Kenya, avaient signé des conventions similaires avec cette même société. Ces engagements couvraient des superficies considérables, atteignant parfois vingt pour cent de la surface totale des pays concernés. Le mécanisme prévoyait que les États reçoivent une partie des revenus générés par la commercialisation des crédits carbone en contrepartie de leurs efforts de conservation forestière.
Les investigations révèlent aujourd’hui que ces projets ambitieux n’ont jamais été mis en œuvre. Blue Carbon semble avoir disparu de la scène internationale, sans avoir concrétisé ses promesses. Les tentatives pour joindre l’entreprise sont restées vaines, son site internet est inaccessible et ses comptes sur les réseaux sociaux sont inactifs depuis fin 2023.
Ces accords, conclus dans le cadre du mécanisme REDD+, avaient rapidement suscité des réserves parmi les organisations environnementales. Elles dénonçaient leur manque de transparence et leur non-conformité avec les droits fonciers des communautés locales. Au Liberia, des représentants gouvernementaux reconnaissent que le projet a été suspendu, notamment en raison de son inadéquation avec les procédures requises pour ce type de partenariat.
Les autorités zambiennes confirment que le protocole d’accord a expiré sans qu’aucune action ne soit engagée. Au Zimbabwe, bien qu’un accord-cadre ait été qualifié de « succès historique », aucune proposition formelle n’a été soumise pour sa mise en œuvre. Le scénario se répète en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où un projet similaire concernant la protection des mangroves n’a connu aucun développement.
Cette série de déconvenues met en lumière les défis de régulation qui entourent les marchés carbone internationaux. L’absence de cadre contraignant et de mécanismes de contrôle robustes permet à des opérations spéculatives de se développer, au détriment des objectifs climatiques et des populations locales. Les spécialistes appellent à renforcer la transparence des transactions et à établir des normes environnementales strictes pour garantir l’intégrité de ces mécanismes.
L’épisode Blue Carbon souligne la nécessité d’une vigilance accrue dans la mise en œuvre des accords climatiques internationaux. Il rappelle que les engagements sur le papier doivent s’accompagner de garanties opérationnelles pour éviter que des millions d’hectares de forêts ne restent sans protection effective.
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