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Le procès d’un cold case révèle les défaillances de la chaîne judiciaire


Trente et un ans après la mort de Nadège Desnoix, l’audience met en lumière les errements et les lacunes techniques qui ont retardé l’identification du suspect. La défense conteste la fiabilité des preuves ADN, tandis que la famille dénonce un dysfonctionnement grave.
La cour d’assises de l’Aisne examine depuis le début de la semaine les circonstances du décès de Nadège Desnoix, une lycéenne de 17 ans dont le corps avait été découvert en mai 1994 sur un chemin menant à son établissement scolaire, à Château-Thierry. La jeune fille avait succombé à de multiples blessures par arme blanche. Aucun signe de lutte ou d’agression sexuelle n’avait alors été constaté. Près de la victime gisaient une cordelette, une rose fraîchement coupée et une enveloppe portant l’inscription « rest in peace ».
Ce n’est qu’en 2021, soit vingt-sept ans après les faits, que Pascal Lafolie, aujourd’hui âgé de 58 ans, a été formellement identifié grâce à une correspondance génétique. Son profil, enregistré à la suite d’une plainte pour violences conjugales, a coïncidé avec l’ADN prélevé sur le chouchou que portait l’adolescente au moment des événements. L’intéressé, qui avait initialement reconnu les faits en garde à vue avant de se rétracter, affirme aujourd’hui son innocence et invoque des trous de mémoire. Il soutient que son frère, décédé en 2021, serait l’auteur du meurtre, une piste écartée au cours de l’enquête après exhumation et analyses infructueuses.
L’audience de mardi a été marquée par des interrogations sur la solidité de la preuve scientifique. La présidence de la cour a questionné un expert sur la possibilité d’un transfert accidentel d’ADN, ce que ce dernier a exclu, estimant que le contact avec la peau de M. Lafolie était quasi certain. L’avocate de la défense, quant à elle, a évoqué un risque de contamination lors des manipulations en laboratoire.
Les débats ont également porté sur les raisons pour lesquelles le nom de Pascal Lafolie n’était pas apparu plus tôt dans le cadre des investigations. Condamné à de la prison ferme pour agression sexuelle en 1996 puis pour viol en 2000, il n’a été inscrit au Fichier national automatisé des empreintes génétiques qu’en 2021. La présidente a souligné que, pour les affaires antérieures à 2003, l’alimentation systématique du fichier n’était pas encore effective. L’avocat des parties civiles a rétorqué que la systématisation était pourtant prévue dès cette date, y compris pour les dossiers anciens.
La famille de la victime dénonce un retard considérable dans le traitement de l’enquête. Un frère de Nadège Desnoix a exprimé son amertume devant la presse, jugeant que dix années auraient pu être gagnées et que la vérité aurait changé le cours de leur existence. L’absence de rapprochement entre les agressions commises par Pascal Lafolie dans un rayon de trente kilomètres autour de Jouarre, où il résidait, et le meurtre de la lycéenne, dans un contexte similaire, a également été pointée du doigt. Une ancienne commissaire entendue à l’audience a expliqué qu’à l’époque, le manque de communication entre services et l’absence de numérisation des dossiers compliquaient considérablement les recoupements.
Le verdict est attendu jeudi. Pascal Lafolie encourt une peine de trente ans de réclusion criminelle.





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