Économie
Grande distribution : les ONG dénoncent un frein à l’alimentation durable
Les enseignes de supermarchés sont pointées du doigt pour leurs pratiques promotionnelles et leur manque d’engagement en faveur d’une alimentation plus saine et écologique.
Le secteur de la grande distribution, pilier de la consommation alimentaire, fait face à des critiques croissantes concernant son rôle dans la transition vers une alimentation durable. Les associations et ONG lui reprochent de privilégier les produits transformés, riches en graisses, en sucre ou en sel, tout en négligeant les alternatives plus saines. Une récente étude du Réseau Action Climat (RAC) souligne notamment le retard pris par les enseignes dans ce domaine, tandis que Foodwatch les accuse de sacrifier la santé des consommateurs en axant leurs promotions sur des aliments peu équilibrés.
Le modèle économique dominant, fondé sur des prix bas et des volumes élevés, semble incompatible avec les exigences d’une transition alimentaire vertueuse. Les distributeurs, conscients des enjeux, affichent pourtant des initiatives. Carrefour met en avant son engagement en faveur d’une alimentation accessible à tous, tandis que Leclerc a lancé un indicateur carbone pour ses produits distributeurs. Cependant, dans un contexte de guerre des prix et de marges réduites, une transformation profonde du secteur paraît complexe sans remettre en cause sa viabilité économique.
Avec un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 200 milliards d’euros, les grandes surfaces jouent un rôle clé dans les habitudes d’achat des Français. Leur influence sur les rayons, les promotions et les prix leur confère une responsabilité majeure dans l’évolution des modes de consommation. Pourtant, la surreprésentation de la viande rouge et des plats préparés, au détriment des alternatives végétales, reste un sujet de controverse. Certains experts estiment que les distributeurs pourraient, en valorisant davantage les produits sains et non transformés, stimuler la demande et favoriser un changement des comportements.
Face à ces critiques, les professionnels du secteur reconnaissent leur part de responsabilité, tout en soulignant que celle-ci doit être partagée. Pour Dominique Schelcher, PDG de Système U, la transition alimentaire implique une mobilisation collective, incluant les consommateurs, les médias et les industriels. La Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) abonde dans ce sens, estimant que le combat pour une alimentation durable dépasse le seul cadre de la grande distribution.
En Europe, certains acteurs montrent la voie, comme le groupe Ahold Delhaize, qui affiche près de 45 % de protéines végétales dans ses rayons aux Pays-Bas. En France, la loi Climat prévoit un affichage environnemental pour les produits alimentaires, mais le projet de Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) reste timide, se limitant à une démarche volontaire. Un signe que le chemin vers une alimentation plus durable reste semé d’embûches.
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