Monde
Bangladesh : l’interdiction de la Ligue Awami plonge le pays dans une crise politique majeure

La décision d’exclure le parti historique de l’ex-Première ministre Sheikh Hasina des prochaines élections divise profondément la société bangladaise.
La scène politique bangladaise est secouée par une mesure radicale : l’interdiction de la Ligue Awami, formation emblématique ayant conduit le pays à l’indépendance en 1971. Le gouvernement intérimaire, dirigé par Muhammad Yunus, a justifié cette exclusion par des accusations de violences commises sous l’ère Hasina, notamment lors des manifestations de l’été 2024, qui auraient fait plus de 1 400 morts selon certaines estimations.
Pour les partisans de cette décision, comme Jahangir Alam, dont le fils a péri dans les troubles, il s’agit d’un acte de justice. « Comment Sheikh Hasina pourrait-elle échapper aux conséquences de ses actes ? », s’interroge ce père endeuillé, évoquant la chute de prestige d’une dynastie politique autrefois vénérée. À l’inverse, les défenseurs des libertés démocratiques dénoncent une mesure autoritaire, rappelant les méthodes répressives de l’ancien régime.
La Ligue Awami, qui rejette fermement ces accusations, affirme poursuivre ses activités malgré l’interdiction. Cette résistance soulève des questions sur l’avenir du pluralisme politique dans le pays. Des voix critiques, comme celle de l’analyste Farhad Mazhar, estiment que le parti n’a jamais assumé ses responsabilités, justifiant ainsi son exclusion. Pourtant, d’autres observateurs, à l’instar du constitutionnaliste Shahdeen Malik, mettent en garde contre les risques d’une telle décision : priver près de 20% de l’électorat de représentation pourrait alimenter de nouvelles tensions.
Dans ce contexte, le retour en grâce du Jamaat-e-Islami, parti islamiste longtemps marginalisé, ajoute une dimension supplémentaire à la crise. Certains y voient un rééquilibrage politique, tandis que d’autres redoutent une instrumentalisation des divisions passées.
Alors que le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), principal rival de la Ligue Awami, se positionne en favori des prochaines élections, l’incertitude persiste. L’histoire récente du pays montre que les mouvements interdits ont souvent su renaître de leurs cendres. Reste à savoir si, cette fois, la page pourra être tournée sans heurts majeurs.

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