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Michelle Bolsonaro, le sourire d’une droite brésilienne en quête d’un nouveau visage

Candidate au Sénat en octobre, l’épouse de Jair Bolsonaro répond aux invectives par la politesse et cultive un ton que son mari n’a jamais eu. À 44 ans…

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Michelle Bolsonaro, le sourire d'une droite brésilienne en quête d'un nouveau visage

Candidate au Sénat en octobre, l’épouse de Jair Bolsonaro répond aux invectives par la politesse et cultive un ton que son mari n’a jamais eu. À 44 ans, cette évangélique assumée est déjà la figure féminine la plus en vue du camp conservateur.

C’est une scène de campagne qui dit beaucoup. À Brasilia, un homme la prend à partie, sympathisant de gauche. Michelle Bolsonaro ne hausse pas la voix. Elle sourit et lâche. « Tu es pour Lula, moi pour Jair Bolsonaro et si on se respecte, tout se passe bien. » La réplique circule, et elle tranche avec les coups de sang de son mari, habitué des sorties qui fâchent.

Car Michelle Bolsonaro est bel et bien candidate. Elle brigue un siège au Sénat lors des élections générales du 4 octobre, organisées le même jour que le premier tour de la présidentielle. Et elle part favorite pour la chambre haute, elle qui n’occupait jusqu’ici qu’un poste interne, la présidence de la section féminine du Parti libéral de son époux. Sa première campagne, elle la mène avec discrétion.

Le décor a changé pour tout le monde. Jair Bolsonaro, président de 2019 à 2022, purge à domicile une peine de 27 ans de réclusion pour tentative de coup d’État. Privé de son tribun, le camp conservateur se réorganise autour d’autres noms. Son fils aîné, Flavio Bolsonaro, 45 ans, porte la candidature présidentielle et livre un duel serré au sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva. Michelle, elle, avance sur une ligne parallèle, plus douce.

Son profil détonne. Cheveux châtains coupés au carré, élégance classique, foi évangélique revendiquée et présence constante sur les réseaux sociaux. Elle est interprète en langue des signes, comme elle l’avait montré lors de l’investiture de son mari en 2019. Première dame, elle avait soigné une image discrète de femme au foyer, avec cette idée qu’une femme de droite se doit d’être « belle et parfumée ». Antiavortement, elle a aussi jugé que le féminisme s’était tourné vers les objectifs douteux de l’agenda woke.

Son atout tient à un électorat bien précis. « Michelle est une interlocutrice clé » auprès des femmes évangéliques, « plus réticentes que les hommes face au bolsonarisme », souligne la politologue Graziella Testa, de l’Université fédérale du Parana. Sa popularité se construit aussi dans les frictions. En juin, elle a accusé Flavio, son beau-fils, de lui avoir manqué de respect lors d’une dispute, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Il s’est excusé depuis. Elle n’a pas mis les pieds à un seul de ses meetings, expliquant être trop occupée par son mari de 71 ans, à la santé fragile. Une source du Parti libéral estime qu’elle est sortie renforcée de cet épisode et qu’elle joue déjà un rôle de leader à droite.

La suite, personne ne l’écrit noir sur blanc. Elle ne dévoile aucune ambition de long terme, mais elle est déjà pressentie comme candidate à la présidentielle de 2030. Cette année, beaucoup la voyaient dans la course avant que Jair Bolsonaro ne choisisse son aîné. « Cette candidature au Sénat n’est que le début. Aujourd’hui, Michelle est le plus grand nom politique féminin du Brésil », affirme son frère et conseiller Eduardo Torres. La sénatrice Damares Alves, amie et alliée, résume les critiques venues de son propre camp. Certains lui reprochent de ne pas être restée dans la petite case qu’on avait dessinée pour elle.

Son parcours explique en partie ce lien qu’elle noue avec les électeurs. Née Michelle de Paula Firmo Reinaldo dans un quartier pauvre de Brasilia, elle vendait des oranges aux feux rouges à dix ans. Elle dit avoir grandi dans une famille dysfonctionnelle, dont plusieurs membres ont connu la prison. « J’ai grandi au milieu des trafiquants, j’ai vu des amis mourir. » Après des petits boulots, elle devient la secrétaire d’un député progressiste et croise là un parlementaire encore obscur, Jair Bolsonaro. Lui a 52 ans, quatre fils et un deuxième divorce derrière lui. Elle en a 25 et élève seule son enfant. Ils se marient quelques mois plus tard. Déjà vasectomisé, il accepte une nouvelle opération pour qu’ils aient ensemble Laura, une fille conçue dans un moment de « faiblesse », dira-t-il. « C’est son style », répondra-t-elle.

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