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Économie

Le mirage écologique des emballages « neutres en carbone »

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Une enquête révèle que des forêts primaires indonésiennes, habitat d’espèces menacées, sont sacrifiées pour alimenter la chaîne d’approvisionnement d’un géant de la pâte à papier, dont les produits sont pourtant estampillés durables.

Des pans entiers de forêt tropicale sur l’île de Bornéo ont été convertis en monocultures d’arbres à croissance rapide. Cette transformation radicale du paysage alimente une filière industrielle dont le produit final, du papier d’emballage, se pare parfois d’allégations de neutralité carbone. L’analyse de documents commerciaux, de données satellitaires et de trafics maritimes permet de retracer le parcours du bois, depuis des concessions en Indonésie jusqu’aux usines du groupe Asia Symbol en Chine.

Le groupe, qui affiche une politique publique de « non-déforestation », approvisionne de grandes entreprises internationales. L’une d’elles, le britannique Haleon, a annoncé suspendre ses relations commerciales avec Asia Symbol à la suite de ces révélations. L’enquête met en lumière un décalage persistant entre les engagements affichés et les pratiques sur le terrain, plusieurs concessions fournissant la filière étant impliquées dans le défrichement de près de trente mille hectares de forêt en moins d’une décennie.

Les conséquences pour les populations locales sont profondes. Des villageois décrivent la disparition de leurs sources de nourriture et de revenus, liées à l’écosystème forestier, ainsi qu’une aggravation des inondations due à la perte du couvert végétal. Certains habitants se plaignent de n’avoir jamais reçu les compensations promises pour les terres cultivables intégrées dans des concessions. La création d’emplois, souvent occupés par une main-d’œuvre extérieure, ne compense pas, selon eux, la perte d’autonomie et la dégradation de leur environnement.

La maison mère d’Asia Symbol, le conglomérat singapourien Royal Golden Eagle, promeut activement sa stratégie de développement durable et a obtenu d’importants financements liés à ces critères. Pourtant, l’organisation de certification Forest Stewardship Council maintient une suspension à son encontre, une décision liée à des allégations de non-respect des standards environnementaux et sociaux. Des observateurs pointent un risque de pratiques trompeuses, où des engagements formels serviraient avant tout à rassurer les clients et les investisseurs.

Asia Symbol a réagi en indiquant avoir lancé un audit de sa chaîne d’approvisionnement et réitéré son refus d’utiliser du bois issu de la conversion de forêts naturelles. Le groupe précise que la pâte à papier concernée par l’enquête n’aurait pas été destinée aux emballages fournis à Haleon, sans détailler les mécanismes de traçabilité qui permettraient une telle séparation. Cette affaire illustre les défis complexes de la vérification des chaînes d’approvisionnement mondiales dans le secteur forestier, où la légalité des permis ne garantit pas le respect des droits des communautés ou la préservation de la biodiversité.

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