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Économie

La Malaisie, nouveau front de la bataille des métaux stratégiques

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Dans l’est du pays, une usine australienne traite des minéraux essentiels à la transition énergétique et aux technologies de pointe. Son objectif est clair. Offrir une alternative à l’hégémonie chinoise sur ce marché crucial.

Des centaines de sacs d’une tonne, soigneusement étiquetés, s’alignent dans un vaste entrepôt de l’État de Pahang. Ils renferment des poudres métalliques aux noms complexes, comme le néodyme ou le praséodyme. Ces éléments, appartenant à la famille des terres rares, sont des composants indispensables pour la fabrication d’aimants permanents, eux-mêmes au cœur des véhicules électriques, des éoliennes ou des équipements de défense. Le site de Gebeng, exploité par le groupe minier australien Lynas, constitue aujourd’hui la plus grande installation intégrée de traitement de ces matières premières en dehors de Chine.

L’enjeu dépasse largement le cadre industriel. Pékin contrôle en effet l’essentiel de la chaîne d’approvisionnement mondiale, de l’extraction au raffinage. Cette situation place de nombreuses économies dans une position de dépendance stratégique. La directrice générale de Lynas, Amanda Lacaze, reconnaît la nécessité d’une réponse structurée face à cette réalité. Elle souligne que contrer cette domination requiert une planification rigoureuse et une concentration sur le long terme. L’entreprise, qui se présente comme le premier producteur mondial hors de Chine, affiche l’ambition de réduire progressivement la part de marché de son concurrent asiatique.

Le processus mis en œuvre est complexe. La matière première, importée d’Australie-Occidentale, subit sur place une série d’opérations chimiques de séparation pour obtenir des oxydes de haute pureté. Ces produits sont ensuite majoritairement expédiés vers le Japon, où ils sont transformés en aimants. L’usine traite actuellement onze des dix-sept terres rares et prévoit d’élargir sa gamme à des métaux plus lourds, utilisés notamment dans le domaine médical. Pour renforcer sa position, Lynas développe des partenariats avec des fabricants d’aimants, afin de combler un maillon encore faible dans la chaîne de valeur hors de Chine.

Cette activité soulève cependant des questions environnementales. Le traitement des terres rares génère des résidus dont la gestion est scrutée. Le gouvernement malaisien a récemment renouvelé pour dix ans la licence d’exploitation de Lynas, tout en imposant une condition. L’entreprise doit cesser, dans un délai de cinq ans, toute activité produisant des déchets radioactifs. La direction du site assure que les sous-produits stockés sur place présentent une radioactivité naturelle extrêmement faible, comparable à celle de certains aliments courants, et qu’ils sont confinés dans des installations sécurisées. Des audits réguliers sont conduits pour garantir la sûreté des opérations.

Parallèlement, le groupe explore de nouvelles applications pour ses produits. Une voie prometteuse concerne le secteur de l’énergie verte, où les terres rares pourraient servir de catalyseurs dans la chaîne de production et de transport de l’hydrogène. Cette diversification représente un axe de croissance majeur pour la décennie à venir. L’initiative de Lynas en Malaisie illustre ainsi une tendance plus large. Face aux tensions géoéconomiques et à la course aux matériaux critiques, plusieurs acteurs tentent de construire des chaînes d’approvisionnement plus résilientes et moins concentrées.

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