Économie
Ubisoft paralysé par un mouvement social d’ampleur


Le géant français du jeu vidéo fait face à l’une des plus importantes mobilisations de son histoire. Des centaines de salariés ont cessé le travail mardi pour protester contre une réorganisation interne drastique et la remise en cause du télétravail.
Le mouvement de grève a mobilisé mardi plusieurs centaines de salariés d’Ubisoft en France, marquant un niveau de contestation inédit au sein du groupe. Les syndicats évoquent plus de mille deux cents grévistes, tandis que la direction en dénombre cinq cent trente-huit parmi les trois mille huit cents employés sur le territoire national. Des rassemblements se sont tenus devant les principaux sites de l’entreprise, notamment à Saint-Mandé, où le siège social a vu défiler plus d’une centaine de manifestants.
La colère des équipes trouve son origine dans la décision managériale de généraliser le travail en présentiel à cinq jours par semaine, annoncée en janvier dans le cadre d’une vaste refonte opérationnelle. Pour de nombreux salariés, cette mesure constitue un retour en arrière inacceptable. Une artiste du studio parisien souligne que le télétravail était devenu un acquis essentiel, et que sa suppression a été la dernière provocation. À Bordeaux, une représentante syndicale y voit une manœuvre pour inciter des départs.
Cette réorganisation s’inscrit dans un contexte de difficultés financières persistantes pour l’éditeur d’Assassin’s Creed. Le groupe a engagé un nouveau plan d’économies de deux cents millions d’euros sur deux ans, accompagné de l’annulation de plusieurs projets de jeux. Une proposition de rupture conventionnelle collective visant deux cents postes au siège a également été dévoilée fin janvier, alimentant les craintes d’une série de suppressions d’emplois.
Les salariés, tout en reconnaissant la nécessité d’une évolution, dénoncent une stratégie perçue comme brutale et contre-productive. Une conceptrice évoque un sentiment de dégringolade depuis plusieurs années, accentuée par des demandes de sacrifices jugés excessifs. Le mouvement, soutenu par des personnalités politiques et syndicales, doit se poursuivre jusqu’à jeudi.
Ces tensions surviennent alors qu’Ubisoft a déjà procédé à plusieurs vagues de restructurations et fermetures de studios à l’étranger ces dernières années, réduisant ses effectifs mondiaux de plusieurs milliers de personnes. La direction affirme que sa nouvelle organisation vise à regagner en compétitivité sur un marché extrêmement concurrentiel, tout en reconnaissant que ces changements provoquent des réactions vives. L’issue de ce conflit social pourrait influencer durablement le climat social dans un secteur où l’entreprise reste un employeur majeur.





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