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L’archéologie sonore, une science qui fait résonner l’Histoire

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En captant les bruits d’un chantier médiéval, une chercheuse française reconstitue les paysages acoustiques du passé, offrant une immersion inédite dans des époques révolues.

Au cœur de la forêt bourguignonne, le château de Guédelon prend forme selon des méthodes ancestrales. C’est dans ce cadre exceptionnel que Mylène Pardoën, chercheuse au CNRS, déploie ses micros. Son objectif est de saisir l’authenticité des sons produits par les outils du XIIIe siècle, du tranchant de la hache sur le bois au choc du marteau sur le métal. Cette collecte minutieuse constitue la matière première de son travail, qui consiste à reconstituer les ambiances sonores historiques.

Cette discipline, qu’elle a elle-même forgée sous le nom d’archéologie sonore, comble un vide dans la recherche patrimoniale. Loin de se contenter d’archives visuelles ou écrites, elle restitue la dimension auditive des époques passées. Pour ce faire, elle privilégie systématiquement l’enregistrement de sons réels, écartant toute synthèse numérique ou artificielle. Sa démarche repose sur l’idée que le son est un vecteur essentiel pour comprendre et ressentir l’atmosphère d’une période historique.

Ses travaux ont notamment donné naissance au projet Bretez, une restitution virtuelle et sonore du Paris du XVIIIe siècle. Les bruits de la rue, les appels des marchands et les activités artisanales y recréent une immersion acoustique remarquable. Les sons captés à Guédelon, authentiques dans leur matérialité, viennent ainsi habiter des scènes historiques documentées, redonnant vie à des ambiances depuis longtemps éteintes.

Dans son laboratoire lyonnais, équipé de dizaines de haut-parleurs, la chercheuse spatialise ces enregistrements. Cette technique permet de construire des fresques sonores où l’auditeur est placé au centre d’un environnement historique reconstitué. Cette approche a également été mise à contribution pour des projets de restitution acoustique, comme celui de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Le champ d’investigation de Mylène Pardoën s’étend bien au-delà du Moyen Âge. Elle a ainsi enregistré les sons de gestes préhistoriques, comme la taille du silex, documentant par l’audio des pratiques multimillénaires. En capturant ces échos du passé là où ils peuvent encore être entendus, cette pionnière ouvre une fenêtre sensible sur l’Histoire, démontrant que le patrimoine ne se conserve pas seulement sous forme d’images ou de pierres, mais aussi dans l’éphémère vibration de l’air.

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