Économie
Le projet immobilier de Jared Kushner à Belgrade s’effondre sous le poids des controverses
_**L’initiative portée par le gendre de l’ancien président américain Donald Trump de transformer l’ancien état-major yougoslave en complexe hôtelier a été abandonnée. Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions politiques et d’une procédure judiciaire visant plusieurs responsables.**_
Le promoteur américain a finalement renoncé à son projet de réaménagement du site historique du quartier général de l’armée yougoslave, situé au cœur de la capitale serbe. Ce bâtiment, partiellement en ruine depuis les frappes aériennes de l’OTAN en 1999, bénéficiait d’un statut de protection patrimoniale. La société d’investissement Affinity Partners, dirigée par Jared Kushner, a annoncé son retrait, invoquant la nécessité d’une unité nationale que le projet ne parvenait pas à susciter.
Cette annonce fait suite à l’ouverture d’une enquête pour des irrégularités présumées dans la procédure administrative. Le parquet spécialisé dans la criminalité organisée a inculpé le ministre de la Culture ainsi que trois autres hauts fonctionnaires. Ils sont soupçonnés d’avoir falsifié un document officiel afin de lever la protection patrimoniale du site, une condition préalable à toute opération de construction. Les personnes mises en cause encourent des peines d’emprisonnement.
Le président serbe Aleksandar Vučić, qui avait publiquement soutenu cette initiative, a exprimé son amertume face à cet abandon. Il a dénoncé une forme d’obstruction systématique visant, selon lui, à entraver les investissements étrangers et la modernisation du pays. Le chef de l’État a insisté sur le fait que le site, désormais à l’abandon, continuerait de se dégrader en l’absence de projet de réhabilitation.
Le complexe architectural, érigé en 1965 et classé monument protégé deux décennies plus tard, représente un symbole chargé d’histoire. Ses structures de style brutaliste, toujours marquées par les impacts des bombardements, avaient cristallisé l’opposition d’une partie de la société civile et des milieux universitaires. Des manifestations s’étaient tenues pour dénoncer ce qui était perçu comme une atteinte à la mémoire collective.
Malgré la suspension du projet au printemps dernier et les tensions persistantes, le parlement avait récemment voté une loi visant à en accélérer la réalisation, la qualifiant d’urgence nationale. L’accord de bail emphytéotique de 99 ans signé avec l’investisseur américain et son partenaire émirati est désormais caduc. L’avenir de ce lieu emblématique, au carrefour des enjeux mémoriels, politiques et économiques, reste en suspens.
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