Politique
Le RN relance la controverse sur la régulation de la prostitution
Une proposition de loi visant à créer des structures coopératives gérées par les travailleuses du sexe, émanant du parti d’extrême droite, suscite de vives réactions dans la classe politique et parmi les associations.
Le Rassemblement national a fait part de son intention d’ouvrir une discussion sur la création d’établissements spécialisés, présentés comme des coopératives autogérées par les personnes se prostituant. Cette initiative législative, portée par le député Jean-Philippe Tanguy, vise officiellement à offrir un cadre sécurisé et des droits sociaux, notamment en matière de retraite, à une profession exercée dans la clandestinité. Ses promoteurs estiment que la loi de 2016, qui pénalise les clients, n’a pas atteint ses objectifs et a contribué à rendre les conditions d’exercice plus précaires et dangereuses.
L’annonce, intervenue en pleines discussions budgétaires, a été nuancée par d’autres figures du parti. Le vice-président du RN, Sébastien Chenu, a souligné le caractère non prioritaire du sujet, précisant que l’idée était née de manière informelle lors d’échanges parlementaires. Il a insisté sur la volonté de lutter contre les violences et les trafics, tout en reconnaissant que cette proposition n’apportait pas de solution définitive. Quelques élus du parti ont apporté leur soutien à cette approche, mettant en avant la nécessité d’améliorer la sécurité sanitaire et physique des concernées.
La proposition a cependant provoqué un rejet ferme et immédiat sur une grande partie de l’échiquier politique. Le Parti communiste français a dénoncé une vision réactionnaire assimilant les femmes à des marchandises, tandis que des parlementaires socialistes ont fustigé un « populisme sexuel » exploitant, selon eux, des réflexes rétrogrades. Les critiques pointent le risque de perpétuer un système de domination et de servir avant tout les intérêts des clients et des proxénètes.
Le monde associatif est tout aussi divisé. Des organisations abolitionnistes, comme le Mouvement du Nid, jugent le projet aberrant et déconnecté des réalités vécues, estimant que de telles structures ne protégeraient pas les personnes prostituées. Même le Syndicat du travail sexuel, pourtant favorable à une dépénalisation totale de l’activité, a pris ses distances, refusant toute collaboration avec le RN et accusant le parti d’instrumentaliser cette question à des fins de normalisation politique. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a pour sa part estimé que cette initiative en disait long sur la conception que le parti se faisait de la place des femmes dans la société.
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