Économie
La France consacre 36 milliards supplémentaires à son outil de défense

Les députés ont entamé l’examen d’une révision substantielle de la loi de programmation militaire, portant l’effort financier sur six ans à 449 milliards d’euros. Ce réajustement intervient dans un environnement stratégique profondément dégradé.
L’Assemblée nationale a lancé l’étude d’un projet de loi visant à augmenter de 36 milliards d’euros les crédits alloués à la défense pour la période 2024-2030. Cette actualisation, qui porte l’enveloppe totale à 449 milliards, a été présentée en commission. Les parlementaires ont adopté en première lecture l’article définissant la trajectoire budgétaire, laquelle prévoit une dépense annuelle atteignant 76,3 milliards d’euros en 2030, correspondant à 2,5% du produit intérieur brut.
L’exécutif justifie cette révision par l’évolution des menaces, évoquant explicitement l’éventualité d’une confrontation avec la Russie. L’objectif affiché est de renforcer l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe, tout en réduisant certaines dépendances. Le texte ne modifie pas la structure des armées mais cible des investissements prioritaires, notamment dans le domaine des munitions, avec une enveloppe supplémentaire de 8,5 milliards, ainsi que dans les drones et l’espace.
Plusieurs dispositions opérationnelles accompagnent ce volet financier. Le projet autorise les opérateurs privés à neutraliser des drones évoluant au-dessus de sites sensibles. Il crée également un nouvel état d’alerte de sécurité nationale, permettant de déroger à certaines règles en matière d’urbanisme, d’expropriation ou d’environnement face à une menace grave pour la nation. Par ailleurs, il prévoit le recours à des algorithmes pour l’analyse de données de connexion dans le cadre de la lutte contre les trafics ou pour la défense nationale, une mesure dont une version similaire avait été retoquée par le Conseil constitutionnel l’an dernier.
Les débats en commission ont révélé des réserves parmi les groupes d’opposition. Certains ont pointé le caractère hypothétique d’une programmation dont le dernier budget annuel sera voté après la prochaine élection présidentielle. D’autres ont estimé que ces crédits supplémentaires serviraient avant tout à combler des retards ou des insuffisances de la loi précédente. Un rapport annexe, adopté en amont, a permis à chaque formation politique d’inscrire ses priorités, comme l’économie de guerre, la condition militaire ou la protection des systèmes d’information.
L’examen du texte se poursuivra en commission avant une présentation dans l’hémicycle prévue début mai.

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