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Ivresse, une exposition toulousaine explore les paradoxes de l’alcool en France

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Au Musée des Arts Précieux Paul Dupuy, une cinquantaine d’œuvres retracent l’évolution des regards sur l’alcool, entre glorification et répression.

L’affiche placardée à l’entrée de l’exposition montre une France dessinée en grappe de raisin, surmontée d’un slogan qui semble ordonner la joie par la boisson. À quelques pas, une autre image propose un contrepoint saisissant : une jeune femme s’asperge d’eau fraîche, affirmant que les belles plantes ne se laissent pas arroser d’alcool. Ce contraste incarne le propos de l’exposition « Ivresse », ouverte depuis vendredi au public toulousain jusqu’à l’automne.

L’événement, présenté comme une invitation à la réflexion plutôt qu’à la consommation, rassemble estampes, tableaux, affiches publicitaires et vidéos. Il entend dévoiler les représentations changeantes de l’alcool à travers les époques, une vision que les commissaires qualifient d’ambiguë et circonstancielle. Le musée, installé au cœur du centre historique de Toulouse, puise dans un fonds iconographique de plus de 100 000 documents, l’un des plus riches de France après Paris. Plus de 700 pièces liées à l’alcool étaient disponibles pour cette sélection.

Le parcours se divise en deux sections intitulées « Boire » et « Déboires ». La première met en lumière les représentations idéalisées de l’ivresse, notamment à travers les Bacchanales, thème cher aux peintres de l’âge classique. L’ivresse y est associée à la fête, à l’exaltation et au bonheur, renvoyant aux figures mythologiques de Bacchus ou Dionysos. Les joues rosies des personnages rappellent une certaine allégresse, tandis que la publicité, souvent incarnée par des femmes, vante les mérites du champagne, du cognac ou des vins de France, présentés comme gages de santé et de gaieté.

La seconde partie aborde le versant sombre de l’ivresse. À partir du XIXe siècle, la perception évolue sous l’effet de l’industrialisation des alcools, de l’essor de la science et des premières campagnes contre ce qui devient l’alcoolisme. Les ambivalences demeurent. Le vin et la bière, valorisés comme produits du terroir, sont distingués des alcools distillés. L’ivrognerie populaire est stigmatisée, tandis que certaines formes d’ivresse mondaine restent glamourisées.

Les législations se durcissent au fil du XXe siècle. Il faut attendre 1956 pour interdire le vin à la cantine avant 14 ans, mesure étendue au lycée en 1981. Des objets du quotidien exposés en vitrine, comme des protège-cahiers vantant le rhum Negrita ou des buvards faisant l’éloge du Byrrh, témoignent d’un passé où la frontière entre promotion et prévention était bien plus floue.

Une psychiatre-addictologue, présente lors de l’inauguration, a souligné que la question des ivresses a toujours existé et existera toujours. L’enjeu, selon elle, réside dans la capacité à réduire les risques et les dommages, à trouver un équilibre entre le plaisir occasionnel et la préservation de la santé face à la dépendance.

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