Économie
Des supérettes sans caissier pour ranimer le commerce rural
Face à la désertification commerciale des campagnes, un réseau de petites surfaces en libre-service tente de réimplanter des commerces de proximité dans les bourgs. Un modèle économique encore fragile qui suscite à la fois l’enthousiasme des élus et des interrogations sur sa pérennité.
Dans un nombre croissant de villages français, un nouveau type de commerce fait son apparition. Il s’agit de supérettes de quarante mètres carrés, installées dans des modules préfabriqués, ouvertes sept jours sur sept et fonctionnant sans présence humaine permanente. Le client y accède via une application mobile, choisit ses articles parmi environ sept cents références et règle ses achats à une caisse automatique. Ce concept, déployé par la société Api, ambitionne de répondre à un phénomène profond, la disparition des commerces en milieu rural, où plus de six communes sur dix en sont aujourd’hui dépourvues.
Pour les habitants de certaines localités, comme à Claix en Charente où le premier magasin a vu le jour, cette implantation représente un véritable changement du quotidien. Elle permet de réduire considérablement les déplacements vers les grandes surfaces des centres urbains plus éloignés. Les maires de ces communes y voient souvent un outil de revitalisation et un service concret rendu à la population, un argument qui trouve un écho dans le contexte des élections municipales.
La société porteuse de ce projet affiche une volonté de redynamisation des territoires ruraux et s’est même dotée du statut de société à mission pour inscrire cette ambition dans ses statuts. L’approvisionnement est assuré plusieurs fois par semaine par un employé, dénommé « apicier », qui réapprovisionne les rayons et entretient les lieux. L’assortiment mêle quelques productions locales à une majorité de produits issus d’un partenariat avec une grande enseigne de la distribution.
Cependant, le modèle rencontre aussi des limites et des critiques. Dans certaines communes, les magasins ont dû fermer après seulement un an d’exploitation, faute d’une fréquentation suffisante, ce qui a provoqué l’amertume d’élus locaux dénonçant une logique purement mercantile et un manque d’ancrage territorial. La direction explique ces fermetures par un nécessaire ajustement de sa stratégie d’implantation, qui doit tenir compte de paramètres comme la densité de population ou les habitudes de consommation.
Sur le plan financier, l’entreprise, bien qu’ayant fortement accru son chiffre d’affaires, n’a pas encore atteint l’équilibre. Ses pertes restent significatives. Sa direction table sur un effet de masse critique, avec l’objectif d’opérer deux cents points de vente d’ici à 2026, pour parvenir à la rentabilité grâce aux économies d’échelle. Cet essor s’appuie sur des levées de fonds et l’entrée au capital d’investisseurs institutionnels et de figures issues du monde de la grande distribution.
La viabilité à long terme de ce type de commerce automatisé en zone rurale n’est pas encore établie. Le secteur a enregistré récemment la faillite d’un concurrent en région parisienne, rappelant la difficulté à rendre ces concepts profitables. Les promoteurs du modèle restent néanmoins confiants, considérant que leur trajectoire de développement est conforme aux prévisions et que la réponse apportée à un besoin criant dans les campagnes constitue son principal atout.
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