Économie
L’euro plonge et la zone euro retient son souffle
La monnaie unique est tombée lundi sous la barre des 1,12 dollar, son niveau le plus faible depuis 17 mois. Derrière ce décrochage se cache un malaise…


La monnaie unique est tombée lundi sous la barre des 1,12 dollar, son niveau le plus faible depuis 17 mois. Derrière ce décrochage se cache un malaise plus large, nourri par les difficultés budgétaires françaises qui commencent à contaminer tout le bloc.
La devise européenne a franchi un seuil symbolique en début de semaine. Elle s’est affaiblie face au billet vert bien sûr, mais aussi face à la livre sterling, au franc suisse et au yen. Autrement dit, ce n’est pas seulement une question de force du dollar. C’est l’euro lui-même qui inspire moins confiance, et ce mouvement se répercute directement sur les marchés obligataires.
Car pendant que la monnaie recule, les investisseurs se détournent des obligations françaises pour se réfugier sur les titres allemands, jugés plus sûrs. Résultat, l’écart entre les rendements des deux pays, ce fameux « spread », a bondi à son plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro de 2010-2012. Sur la seule semaine écoulée, l’écart entre l’OAT à 10 ans et le Bund allemand a connu sa plus forte progression hebdomadaire depuis des décennies. Le contexte explique cette fébrilité. Le gouvernement de Sébastien Lecornu veut faire adopter un budget 2027 destiné à réduire le déficit et à maîtriser la dette, un chantier compliqué dans un Parlement profondément divisé, alors que les partis se placent déjà pour la présidentielle de l’année prochaine.
La contagion ne s’arrête pas aux frontières françaises. La dette italienne subit elle aussi la défiance des marchés, avec un écart face aux rendements allemands qui s’est élargi jusqu’à près de 130 points de base, sa plus forte hausse hebdomadaire depuis la crise du Covid. Et le climat politique n’aide en rien. En septembre, le parti du chancelier allemand Friedrich Merz a encaissé sa pire défaite de l’après-guerre lors d’élections régionales, au profit de l’extrême droite. Lundi, le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a convoqué à son tour des élections anticipées, un pari risqué pour un exécutif sans majorité. L’Italie votera également l’an prochain.
Les analystes ne cachent pas leur inquiétude sur le lien entre la dette et la monnaie. Selon les estimations de BofA, chaque élargissement supplémentaire de 10 points de base de l’écart franco-allemand se traduirait par un mouvement de 0,4% sur le taux de change euro-dollar. Chez Goldman Sachs, on rappelle que cette réaction est d’ordinaire quasi nulle, mais qu’elle peut s’emballer en période de tension aiguë, surtout quand un événement de risque fait reculer les rendements allemands tout en poussant à la hausse ceux des autres pays du bloc. « La vague de ventes sur les obligations touche plus fortement tout ce qui est perçu comme plus vulnérable, ce qui a déclenché une vague de ventes de l’euro qui s’est amplifiée », résume Kit Juckes, stratège chez Société Générale. Il ajoute que les facteurs qui avaient maintenu la parité euro-dollar au-dessus de niveaux clés tout l’été ont selon lui disparu, qu’il s’agisse de l’hypothèse d’une crise énergétique brève ou de la volonté américaine d’affaiblir le billet vert. Andreas König, responsable des opérations de change mondiales chez Amundi Asset Management, estime pour sa part qu’il faut remonter loin pour retrouver une actualité européenne qui fait autant bouger la monnaie unique. Il ne voit pas de retournement à moyen terme et garde une position surpondérée sur le dollar, au vu des perspectives de croissance et de taux outre-Atlantique. Les données de la CFTC montrent d’ailleurs que les traders parient sur une baisse de l’euro, un sentiment que l’on retrouve dans les options sur devises. Certains analystes évoquent même un passage sous le seuil symbolique de 1,10 dollar.
Cette chute de la monnaie, combinée aux tensions sur l’obligataire, relance une question de fond sur les marges de manœuvre des responsables de la politique monétaire. La BCE dispose d’un outil, l’Instrument de protection de la transmission, qui lui permet d’acheter un nombre illimité d’obligations d’un pays confronté à un resserrement « injustifié et désordonné » de ses conditions de financement. Une nouvelle dépréciation de l’euro la placerait de toute façon dans une position inconfortable, coincée entre la lutte contre une inflation qui s’accélère et le besoin de rassurer des marchés obligataires sous tension. Le tout alors que la remontée des rendements renchérit déjà le coût du crédit pour les ménages et les entreprises. Mardi, le ministre français de l’Économie Roland Lescure a toutefois jugé que les turbulences sur le marché obligataire n’avaient pas encore atteint un niveau justifiant le recours à un tel dispositif.
À lire aussi





Faits DiversEn Ligne 5 joursRachida Dati risque de perdre sa mairie dès sa condamnation



MondeEn Ligne 7 joursHaïti gagne six mois de plus pour reprendre la main sur ses gangs



Faits DiversEn Ligne 6 joursDerrière Gims, une machine à blanchir un milliard d’euros



PolitiqueEn Ligne 7 joursMélenchon envoie ses troupes soutenir les lycéens en colère



PolitiqueEn Ligne 4 joursOlivier Faure accuse Jordan Bardella de mensonge et lui ferme la porte de Matignon



SociétéEn Ligne 3 joursUne Marche des fiertés très politique défile à Paris avant la présidentielle



PolitiqueEn Ligne 4 joursUn million de voitures électriques à 100 euros par mois, la promesse de Glucksmann aux Français modestes



PolitiqueEn Ligne 2 joursBudget 2027, Wauquiez écarte la censure et promet 20 milliards d’économies de plus








